Troubles de la personnalité schizotypique : moins de matière grise ?

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Apparentés aux troubles gravitant autour de la schizophrénie (schizophrenia spectrum disorders), les troubles de la personnalité de nature « schizotypique » (schizotypal personnality disorder : SPD)[1] partagent avec cette psychose des caractéristiques voisines (d’ordre génétique, clinique, cognitif ou social) et sont « relativement communs », avec une prévalence pour la vie entière estimée à près de 4 %. Divers travaux d’imagerie par résonance magnétique ont montré en certaines régions du cerveau, comparativement à des sujets-contrôles, des réductions du volume de la matière grise chez des hommes souffrant de tels troubles de la personnalité de nature « schizotypique » (SPD).

JAMA Psychiatry publie une nouvelle étude évaluant ces réductions de matière grise, au plan local et global, au moyen de l’imagerie médicale informant sur la morphométrie grâce à la technique des voxels (pixels en 3 D). Cette recherche concerne 54 hommes avec SPD et 54 sujets-contrôles âgés de 18 à 55 ans, appariés pour plusieurs critères (âge, niveau d’efficience intellectuelle, niveau socio-économique), et encore jamais traités par des neuroleptiques (pour ne pas imputer une éventuelle réduction de matière grise à un effet latéral de ce traitement).

Les résultats de cette étude montrent que les sujets avec SPD ont, relativement aux sujets-témoins, des volumes de matière grise « significativement réduits » dans le gyrus temporal supérieur gauche et, de façon plus large dans les régions frontales, fronto-limbiques et pariétales. On constate aussi que la plupart de ces différences régionales de volume sont « étroitement et significativement corrélées » avec les symptômes négatifs de type schizophrénique (aboulie, apragmatisme, athymhormie, anhédonie)[2], cette réduction de volume se révélant d’autant plus marquée que la symptomatologie négative est plus prononcée. Et dans tout le cortex, comme pour la plupart des zones locales, la réduction des volumes de matière grise est d’autre part plus marquée avec l’âge ; ce lien direct avec le vieillissement se retrouvant à la fois chez les sujets-témoins et chez les sujets avec SPD.

[1] http://psychcentral.com/disorders/schizotypal-personality-disorder-symptoms/
[2] http://fr.wikipedia.org/wiki/Schizophr%C3%A9nie

 

 

Dr Alain Cohen

 

Auteurs d’infractions : « Toutes les conduites de transgression ne sont pas psychiatrisables »

 

LE POINT

La trajectoire délinquante est-elle une question de grille de lecture ? Quelles sont les thérapies les plus efficientes ?Éclairage.

Par LAURENCE NEUER

Devant les tribunaux correctionnels, les rapports d’expertise psychologique et psychiatrique se suivent et se ressemblent. Les « troubles de la personnalité », les « troubles psychiques » ou de « psychopathie » et autres « difficultés existentielles » s’ajoutent aux données de l’infraction pour personnaliser la peine. Celle-ci est bien souvent assortie d’une « obligation de soins » qui remplace ou complète le temps de détention. Il s’agit de consulter un psychiatre, de suivre une cure de désintoxication, de se soumettre à des examens médicaux, etc.

Mais qu’attend la justice de la psychiatrie ? Aider le condamné à prendre conscience de ses actes et de leur gravité, et donc à se poser comme sujet responsable ? L’amener à modifier sa grille de lecture du « bien » et du « mal » ? À changer son regard sur les victimes ? L’absence de culpabilité et d’empathie s’observe souvent chez les auteurs d’actes de délinquance. Nombre d’entre eux sont dans le déni. Soit de l’acte lui-même, banalisé ou rationalisé, soit de leur responsabilité, minimisée ou ignorée, soit encore du préjudice subi par les victimes qui, pour eux, n’en sont pas. En clair, nier revient à dire que « tout va bien ».

Le déni ou la négation de sa responsabilité

Être dans le déni n’est pas mentir. « Il s’agit d’un mécanisme de défense par lequel le sujet refuse de reconnaître certains aspects d’une réalité qui paraît évidente pour les autres », explique Ingrid Bertsch, psychologue au CRIAVS de la région Centre. Le déni puise

sa force dans l’inconscient. Il amène la personne à penser et à agir comme si le délit n’existait pas ou, s’il existe, à en imputer la responsabilité soit à la victime, soit à une cause extérieure, par exemple l’alcool. En somme, l’auteur ne prend pas conscience de l’aspect négatif de ses actes et de la responsabilité qui s’ensuit.

Comment alors modifier l’état émotionnel de celui qui est emmuré dans son déni ? Le chemin à parcourir est d’autant plus long que la perception de la réalité se construit dès l’enfance. « On retrouve souvent chez ces personnes des croyances erronées. Celles-ci sont liées notamment à une perturbation du lien maternel occasionnant des défaillances narcissiques », précise Ingrid Bertsch. Reste que le déni n’est pas un obstacle aux soins. Mais « il est important d’adapter le dispositif de soins à la pathologie, indique Jean Cano, psychiatre au centre hospitalier de Tours. Par exemple, si l’infraction révèle un problème d’addiction à l’alcool, on peut commencer à travailler sur la problématique amenée par le patient (sa phobie sociale, par exemple). On peut ensuite utiliser des techniques motivationnelles pour l’amener à accepter un accompagnement. » Autre méthode aux résultats prometteurs : la psychologie positive (« The good lives model »). Ce concept d’origine anglo-saxonne vise à favoriser l’acquisition ou le développement de dimensions positives au travers d’activités culturelles ou sociales, de l’exercice physique, de la méditation, etc.

Mettre des mots sur l’agir

Le soignant ne fait pas pour autant l’impasse sur l’acte délictueux et l’interdit qu’il transgresse. À cette fin, il peut privilégier l’approche psychodynamique qui s’attache à comprendre les conflits essentiels inconscients qui sont à l’origine du passage à l’acte. Certains thérapeutes penchent davantage pour une approche cognitive et comportementale qui vise à expliquer l’acte par le biais des émotions et des pensées ressenties par le sujet. En revanche, une démarche trop intrusive peut être délétère. « Le fait de verbaliser les choses ne fait pas partie de leurs habitudes », note le psychiatre Philippe Prévost.

Le travail en groupe permet aussi d’aider la personne à faire des liens et à s’inscrire dans des jeux de rôle. C’est un outil très adapté pour les personnes souffrant de difficultés dans la relation à l’autre.

Reste que le traitement psychiatrique ne résout pas toujours les dysfonctionnements délictuels. Et le déni peut donc, en dépit des soins, persister au-delà de la condamnation. « Toutes les conduites de délinquance et de transgression ne sont pas psychiatrisables. Et le psychiatre n’est pas un agent de contrôle social », rappelle le psychiatre Jean-Louis Simon.

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