Travailler avec une maladie bipolaire

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Pourtant, malgré cette lourde incidence économique, l’insertion des sujets bipolaires dans le monde du travail demeure un thème encore trop délaissé, déplorent des chercheurs britanniques dans Acta Psychiatrica Scandinavica. À travers une méta-analyse portant sur 25 études (et concernant près de 5 000 personnes atteintes d’un trouble bipolaire suivies en moyenne pendant 4,9 ans), les auteurs s’efforcent « d’identifier les perspectives d’emploi à long terme des patients avec un trouble bipolaire. » Ils observent que, dans la plupart des études à ce propos, environ « 40 à 60 % des sujets travaillent. » À la manière de l’histoire classique du verre (à moitié plein ou à moitié vide) partageant les optimistes et les pessimistes, on peut soit en conclure avec satisfaction qu’un individu bipolaire sur deux n’est pas rejeté du monde du travail, soit s’inquiéter au contraire avec consternation qu’un bipolaire sur deux reste exclu de ce vecteur incontestable d’intégration sociale. Et comme on pouvait le craindre d’emblée, cette analyse confirme que « le trouble bipolaire semble conduire à une sous-performance au travail », puisque 40 à 50 % des intéressés souffrent d’un « déclassement professionnel au fil du temps », les niveaux d’emploi se révélant en effet « plus élevés chez les patients en début de maladie » qu’en cas d’affection plus ancienne.

Une note d’optimisme se dégage cependant : certes, la maladie bipolaire « dégrade les possibilités d’emploi à long terme » mais, même chez les patients souffrant de troubles bipolaires au long cours, le maintien dans le monde du travail demeure possible « près de six fois sur dix. » Moins dramatique qu’on aurait pu le redouter a priori, ce constat incite donc à « encourager la démarche d’une intervention précoce dans les troubles bipolaires. »

Dr Alain Cohen

 

 

La quête de biomarqueurs dans les troubles bipolaires

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Bien que l’étiologie précise des troubles bipolaires demeure encore incertaine, les chercheurs s’efforcent de proposer des marqueurs objectifs, susceptibles d’aider au diagnostic de cette affection.

Par exemple, les études de neuro-imagerie ont montré une perte fréquente de matière grise et ont fourni « d’importantes informations sur les processus physiopathologiques sous-tendant les troubles bipolaires » écrivent les auteurs d’une publication sur ce thème (comportant des participants de plusieurs pays, et notamment l’équipe française du Pr. Marion Leboyer[1] exerçant à Créteil).

On a aussi observé dans la maladie bipolaire, en réponse à des stimuli émotionnels, une « activation altérée » de certaines parties du cerveau (régions sous-corticales, antéro-temporales, et ventro-préfrontales). Et d’autre part, les études de génétique ont identifié « plusieurs gènes, candidats potentiels » associés à un accroissement du risque de troubles bipolaires, dans un contexte biologique impliquant à la fois « les rythmes circadiens, le développement neuronal, et le métabolisme du calcium. »

Enfin, plusieurs chercheurs ont remarqué une « réduction du niveau des facteurs neurotrophiques » et, à l’inverse, une « augmentation des cytokines pro-inflammatoires et des marqueurs du stress oxydatif[2]. »

Pour les auteurs, la conjonction de ces données constitue une « base pour l’identification de biomarqueurs potentiels » afin de repérer la vulnérabilité à cette maladie, son expression clinique, et d’« aider à comprendre l’évolution des troubles et la réponse au traitement. » Mais des études de grande ampleur sont requises pour valider l’intérêt de ces biomarqueurs putatifs, avant de les proposer concrètement à des fins cliniques.

[1] http://www.ecnp.eu/~/media/Files/congress/Press/Press%20releases/topics/CV%20Prof%20Leboyer%20ECNP%202011.pdf
[2] http://fr.wikipedia.org/wiki/Stress_oxydant

 

 

 

Comment vivre avec des troubles bipolaires ? – Allô docteurs – Santé – France5

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Pr Philippe Fossati, psychiatre à l’Institut du cerveau et de la moelle épinière (ICM) au groupe hospitalier Pitié-Salpêtrière à Paris

Dossier :Nos humeurs varient en fonction des événements. Mais quand les émotions deviennent trop intenses, qu’elles génèrent des réactions incontrôlables, des excès de toutes sortes et que cela dure longtemps, on parle alors de maladies de l’humeur. Parmi elles, les troubles bipolaires concernent 1 à 2 % des Français.

Ces troubles sont appelées bipolaires parce qu’ils présentent une phase maniaque et une phase dépressive, d’où leur ancien nom de maladie maniaco-dépressive. Pendant la phase dite maniaque, la personne vit une période d’exaltation, elle est euphorique, trop optimiste, impulsive et agitée. Elle prend aussi des risques inconsidérés. Puis, brutalement, plus rien ne va, l’euphorie laisse la place à la tristesse, à la fatigue, à un sentiment d’inutilité, c’est la phase dépressive.

Malgré des signes qui semblent évidents, huit années s’écoulent en moyenne avant que le diagnostic ne soit posé. Car il y a différents types de troubles bipolaires, certains signes peuvent être trompeurs, l’intensité et la durée des deux phases peuvent varier. Pour certains, il suffit d’une journée pour passer d’un état à l’autre, pour d’autres, les phases maniaques peuvent passer inaperçues.

Les premiers signes de la maladie apparaissent le plus souvent avant l’âge de 18 ans. Certains facteurs psychologiques peuvent la déclencher. Mais les causes sont multiples : se mêlent l’histoire du patient, l’environnement et même un terrain génétique. Le risque de présenter un trouble bipolaire est multiplié par dix quand un parent au premier degré en est atteint. Plus la maladie est diagnostiquée tôt, plus le traitement sera efficace.

Il s’agit d’une maladie que l’on peut stabiliser, mais l’observance du traitement médicamenteux est indispensable pour traiter les phases aiguës de la maladie et prévenir les rechutes. Il faut savoir en effet que 10 à 15 % des personnes non traitées se suicident.

Le traitement le plus prescrit est le lithium : il fait partie des thymorégulateurs, ce sont des médicaments qui régulent l’humeur. Il parvient à amoindrir autant les phases maniaques que les phases dépressives.

Parmi les autres traitements, il y a la sismothérapie que l’on connaît aussi sous le nom d’électrochocs. Cela consiste à envoyer un faible courant électrique dans le cerveau. Cette technique est utilisée dans le traitement de la dépression et des états maniaques aigus et délirants. Au-delà de ces traitements, il est important d’apporter au patient et à son entourage un soutien psychologique. En associant une psychothérapie, on aboutit à de meilleurs résultats.

Depuis une dizaine d’années, une nouvelle stratégie thérapeutique se développe pour accompagner les personnes bipolaires. Déjà utilisée depuis longtemps pour d’autres maladies chroniques comme le diabète ou l’asthme, elle commence à faire son entrée en psychiatrie : ce sont les séances psycho-éducatives. Le principe est simple : plus le patient bipolaire comprend sa maladie, mieux il apprendra à la gérer et surtout à accepter son traitement.

C’est au cours de la phase dépressive que la personne acceptera d’aller consulter. Sachez que 85 % des patients répondent correctement aux traitements.

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