Schizophrénie : l’EMA approuve l’injection mensuelle d’Abilify en entretien

medscape

22 novembre 2013

Londres, Royaume-Uni Quelques mois après la FDA, l’Europe donne à son tour son feu vert à l’aripripazole (Abilify® forme injectable) en injection intramusculaire mensuelle dans le traitement d’entretien de la schizophrénie [1,2].

La forme d’aripripazole concernée est la version retard de l’antipsychotique en prise orale Abilify®, un médicament « blockbuster » aux Etats-Unis, détenant le record des chiffres de vente. Il s’agit ici d’une extension d’indication au traitement de maintenance de l’adulte schizophrène stabilisé par la forme orale (comprimés) d’Abilify®.

93% des patients se disent satisfaits

Abilify® forme injectable devient ainsi le premier agoniste partiel des récepteurs D2 dopaminergique donné en injection mensuelle.

L’extension d’indication est fondée sur les données d’une étude de phase III ayant évalué l’efficacité d’Abilify® en traitement d’entretien sur un an dans la maladie schizophrénique. Les résultats ont montré que l’Abilify® retarde significativement le délai de rechute d’épisodes schizophrénique et réduit le pourcentage de patients schizophrènes sujets à des rechutes comparativement au groupe placebo [3,4]. Le profil de tolérance étant, par ailleurs, identique à la galénique par comprimés.

Les effets indésirables les plus fréquemment rapportés ont été la prise de poids (9,0%), l’akathisie (7,9%), l’insomnie (5,8%) et des douleurs au site d’injection (5,1%).

Le communiqué du laboratoire indique que « 93% des patients traités par Abilify® sous forme injectable se sont dits satisfaits, voire très satisfaits du traitement, à la levée du double aveugle » [5].

En 2008, Abilify® solution injectable avait déjà obtenu une extension d’indication « pour contrôler rapidement l’agitation et les troubles du comportement chez les patients schizophrènes ou chez les patients présentant un épisode maniaque dans le cadre d’un trouble bipolaire de type I, lorsque le traitement par voie orale n’est pas adapté », le traitement par aripiprazole solution injectable devant être « arrêté et remplacé par l’aripiprazole par voie orale dès que l’état clinique du patient le permet » [].

En France, Abilify® est commercialisé par Bristol-Myers Squibb.

Pharmacologie de l’aripriprazole

Se distinguant des autres neuroleptiques (antipsychotiques) atypiques, l’aripiprazole est un agoniste partiel des récepteurs dopaminergiques. Par conséquent, à l’inverse des autres molécules, l’aripiprazole ne bloque pas les récepteurs, mais assure et maintient un tonus de base de la transmission dopaminergique.

L’aripiprazole est également un antagoniste des récepteurs sérotoninergiques 5HT2A.

.

Schizophrénie : les antipsychotiques au banc d’essai dans une méta-analyse

medscape

30 septembre 2013

Munich, Allemagne Les antipsychotiques prescrits dans la schizophrénie ne sont pas équivalents, que ce soit en termes d’efficacité ou d’effets secondaires : telle est la conclusion d’une méta-analyse publiée dans le Lancet qui a comparé 15 traitements [1].

212 études randomisées

L’équipe de Stefan Leucht frappe à nouveau très fort dans sa tentative d’évaluer et de comparer les traitements antipsychotiques dans la schizophrénie. L’an passé déjà, elle montrait au travers de 65 études regroupant plus de 6493 patients l’efficacité de ces traitements, avec au bout d’un an de traitement, un taux de rechute de 64% chez des patients sous placebo contre 27% avec le médicament [2]. Et un risque de réhospitalisation de 26% pour les premiers et de 10% pour les seconds.

Cette année, S Leutcht et coll publient une nouvelle étude où ils ont comparé dans une méta-analyse multi-traitements 15 antipsychotiques utilisés pour soigner la schizophrénie. La question de savoir quel antipsychotique préférer n’a rien d’anodin lorsque l’on sait que la schizophrénie est l’une des 20 principales causes de handicap dans le monde et qu’elle génère des coûts élevés en raison du prix des traitements de deuxième génération, expliquent les auteurs. Par ailleurs, vu le nombre de médicaments commercialisés dans cette indication, choisir celui qui sera le plus adapté à un patient donné n’est pas évident.

Les chercheurs ont donc colligé des études portant sur 15 de ces traitements, utilisés en monothérapie, en fondant leur recherche sur de grandes bases de données (comme le registre de la Cochrane spécialisé dans la schizophrénie, Medline, Embase, psycINFO, le registre de la Cochrane et Clinicaltrials.gov) et en complétant avec les informations fournies par la FDA et les laboratoires pharmaceutiques. Ont été exclus de l’analyse les études chinoises, pas assez rigoureuses, selon les auteurs, et les essais autorisant des permutations (switchs) de molécules.

Au final, les auteurs ont tenu compte de 212 études randomisées et en double aveugle (octobre 1955 – septembre 2012) chez 43049 patients diagnostiqués pour schizophrénies et désordres apparentés. La durée de la pathologie était de 12,4 ans en moyenne et les patients étaient âgés de 38,4 ans (+ 6,9).

Tous les antipsychotiques sont supérieurs au placebo

En toute logique, l’efficacité a été choisie comme critère primaire. Les critères secondaires portaient sur les arrêts de traitement pour n’importe quelle raison, la prise de poids, les effets secondaires extrapyramidaux, l’élévation de la prolactine, l’allongement de l’intervalle QTc et la sédation.

A l’analyse, tous les antipsychotiques se sont révélés supérieurs au placebo et peuvent être classés de la façon suivante par ordre d’efficacité (voir tableau ci-dessous). Toutes les variables continues sont exprimées en écart moyen standardisé (intervalle de confiance à 95%).

Efficacité des antipsychotiques comparativement au placebo

Molécule Nom de marque Ecart moyen standardisé versus placebo IC 95%
Clozapine Leponex® 0,88 (0.73 – 1.03)
Amisulpride Solian® 0,66 (0,53 – 0,78)
Olanzapine Zyprexa® 0,59 (0,53 – 0,65)
Rispéridone Risperdal® 0,56 (0,50 – 0,63)
Palipéridone Xeplion® (non disponible sous forme orale) 0,50 (0,39 – 0,60)
Zotépine Zoleptil®* 0,49 (0,66 – 0,,31)
Halopéridol Haldol® 0,45 (0,39 – 0,51)
Quetiapine Seroquel® 0,44 (0,35 – 0,52)
Aripiprazole Abilify® 0,43 (0,34 – 0,52)
Sertindole Serdolect® * 0,39 (0,26 – 0,52)
Ziprasidone Zeldox®* 0,39 (0,30 – 0,49)
Chlorpromazine Largactil® 0,38 (0,23 – 0,54)
Asenapine Sycrest® 0,38 (0,25 – 0,51)
Lurasidone Latuda®* 0,33 (0,21 – 0,45)
Iloperidone Fanapt®* 0,33 (0,22 – 0,43)

 

 

* non disponible en France

Arrêts de traitement

En ce qui concerne la fréquence des arrêts de traitement, toutes les molécules font mieux que le placebo, à l’exception de la zotépine. Avec un risque relatif allant 0,43 [IC 95% 0,32 – 0,57] pour l’amisulpride (comparé à une valeur de 1 pour le placebo) et 0,80 [IC 95% 0,71 to 0,90] pour l’halopéridol.

A l’exception de 3 médicaments, l’halopéridol, le ziprasidone, et la lurasidone, tous les antipsychotiques sont associés à une prise de poids significative par rapport au placebo.

 

Antipsychotiques et prise de poids

Molécule Nom de marque Ecart moyen standardisé IC 95%
Haloperidol Haldol 0,09 (-0,00 – 0,17) ns
Ziprasidone Zeldox 0,10 (-0,02 – 0,22) ns
Lurasidone Latuda* 0,10 (-0,02 – 0,21) ns
Aripiprazole Abilify 0,17 (0,05 – 0,28)
Amisulpride Solian 0,20 (0,05 – 0,35)
Asenapine Sycrest 0,23 (0,07 – 0,39)
Paliperidone Xeplion (non disponible sous forme orale) 0,38 (0,27 – 0,48)
Risperidone Risperdal 0,42 (0,33 – 0,50)
Quetiapine Seroquel 0,44 (0,35 – 0,52)
Sertindole Serdolect * 0,53 (0,38 – 0,68)
Chlorpromazine Largactil 0,55 (0,34 – 0,76)
Iloperidone Fanapt* 0,62 (0,49 – 0,74)
Clozapine Leponex 0,65 (0.31 – 0,99)
Zotepine Zoleptil* 0,71 (0,47 – 0,96)
Olanzapine Zyprexa 0,74 (0,67 – 0,81)

 

 

Effets secondaires extrapyramidaux et autres

En termes d’effets secondaires extrapyramidaux, la clozapine en entraine moins que le placebo, la différence est non significative avec le sertindole, l’olanzapine, l’aripiprazole, l’iloperidone l’amisulpride et l’asenapine. Avec l’halopéridone, le risque est, en revanche, cinq fois plus élevé.

En ce qui concerne l’augmentation de la prolactine, l’aripiprazole, la quétiapine, l’asénapine, l’olanzapine, la chlorpromazine et l’ilopéridone n’ont montré aucune différence significative avec le placebo. A l’autre extrémité, la palipéridone et la rispéridone étaient associée à significativement plus d’élévation de la prolactine, plus que l’halopéridol, la chlropromazine et le sertindole. En revanche, amisulpride, clozapine et zotépine n’ont pu être inclus dans l’analyse.

Tous les antipsychotiques testés sont associés à un allongement de l’intervalle QTc, à l’exception de la lurasidone, de l’aripiprazole, de la palipéridone et de l’asénapine.

Tous les antipsychotiques ont été retrouvés associés à une sédation plus importante, à l’exception de l’amisulpride, le palipéridone, le sertindole et l’iloperidone.

Les limites de cette méta-analyse

L’étude n’est pas sans avoir quelques limites.

Les résultats ne peuvent notamment pas être généralisés aux patients jeunes, à ceux avec une prédominance de symptômes négatifs, aux patients réfractaires et aux patients stables, qui ont été exclus de la méta-analyse dans un souci d’homogénéité. De même, les auteurs se sont restreints à des études menées sur le court terme, alors que le statut chronique de la pathologie devrait conduire à des études de plus longues durées.

En conclusion, cette étude apporte des informations importantes, notamment en termes de tolérance, alors que la question du coût/efficacité des nouvelles molécules est au cœur du débat, indiquent les auteurs. La classification ainsi établie par les chercheurs montre que tous les antipsychotiques diffèrent entre eux et que les classer selon le seul critère de première ou deuxième génération est trop simplificateur.

La hiérarchisation faite dans cet article, selon l’efficacité et les principaux effets secondaires, est en revanche susceptible d’aider les médecins à choisir l’antipsychotique le plus adapté à chaque patient.