Importance du dépistage et du traitement précoces des psychoses

Propos introductif d’un article du Forum Médical Suisse – Extrait :
L’adolescence est la phase de la vie lors de laquelle s’établissent les bases pour les compétences personnelles, sociales et professionnelles de la vie adulte ultérieure.
Dans la mesure où les psychoses restent souvent non détectées et non traitées durant des mois voire des années, elles résultent en des pertes durables de ces compétences.
L e premier épisode psychotique est fréquemment précédé d’une phase prodromique, dont les caractéristiques typiques sont une baisse brutale des performances par ex. à l’école, dans les études ou au travail
(«cassure dans le parcours de vie»), ainsi que le retrait social souvent associé….”

Deuil dans la petite enfance, un plus grand risque de psychose

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De nombreux travaux ont montré que la santé d’un adulte est certes influencée par le génotype et le style de vie, mais aussi par ce qu’il a vécu dans ses premiers mois de vie. De grandes études observationnelles ont aussi accrédité l’idée que l’exposition à un stress prénatal peut être responsable d’un risque accru de pathologie psychiatrique grave à l’âge adulte.

Un deuil familial est un stress identifiable aisément pour les recherches. C’est l’élément qui a été choisi pour une nouvelle étude, réalisée à partir des registres nationaux suédois, pour évaluer le risque de psychose associé à un stress maternel avant et pendant la grossesse et en période post-natale. Plus de 1 million d’enfants ont été répertoriés, nés entre 1973 et 1985 et suivis jusqu’en 2006.

Les auteurs ont retenu les enfants dont la mère a été confrontée à un deuil six mois avant la conception ou pendant la grossesse, ou exposés à la perte d’un membre de la famille proche entre leur naissance et l’âge de 13 ans.

Le premier constat ne va pas dans le sens de l’influence d’un stress prénatal sur le risque de psychose, quel que soit le stade de la grossesse. En revanche, la survenue d’un décès dans la famille au cours de la petite enfance et jusqu’à l’adolescence est associée à une augmentation du risque de psychose (Odds Ratio [OR] ajusté 1,17 ; intervalle de confiance à 95 % [IC] 1,04 à 1,32). Cet effet est plus prononcé quand il s’agit du décès d’un membre de la famille « nucléaire » (mère, père, frères et sœurs) plutôt que de la famille élargie (grands-parents), et d’autant plus marqué que le décès survient tôt. L’augmentation du risque, de 84 % quand le décès d’un membre de la famille nucléaire survient entre la naissance et l’âge de 2,9 ans, est de 47 % quand il survient entre 3 et 6,9 ans et de 32 % entre 7 et 13 ans.

Les données sont un peu différentes si le décès est en relation avec un suicide. En ce cas, l’augmentation du risque de pathologie psychotique ne concerne que le risque de psychose affective, qui est alors doublé, voire même triplé en cas de suicide d’un membre de la famille nucléaire quand l’enfant a moins de 3 ans.

Si cette augmentation paraît, dans cette étude, indépendante des antécédents psychiatriques familiaux, le mécanisme de ce lien entre décès d’un proche et psychose est sans doute multifactoriel, une combinaison complexe de facteurs augmentant plus ou moins le risque ou favorisant au contraire la résilience.

Dr Roseline Péluchon

 

Déclin cognitif à l’adolescence : un risque accru de psychose ultérieure

Les déficits cognitifs dans l’enfance et l’adolescence sont considérés comme des facteurs de risque de survenue d’une psychose à l’âge adulte. Ce phénomène est confirmé par une étude de cohorte longitudinale, réalisée en Suède sur une population de plus de 10 000 hommes, nés entre 1953 et 1977, et suivis jusqu’en 2006.

L’évaluation cognitive porte notamment sur certains critères classiques (niveau d’efficience verbale, niveau de performances, représentation spatiale, logique inductive). Des tests psychométriques ont été réalisés à l’âge de 13 ans puis lors de l’admission éventuelle au service militaire, à 18 ans. La présence ultérieure d’une psychose (« non affective ou affective ») est attestée objectivement par l’existence d’hospitalisations en milieu psychiatrique.

On observe qu’un « déclin relatif » dans les performances verbales entre les âges de 13 et de 18 ans se trouve associé à une majoration du risque de schizophrénie ou d’un autre type de psychose. Un tel déclin cognitif survenant entre 13 et 18 ans se révèle statistiquement un plus « puissant élément de prédiction » qu’une baisse portant seulement sur le niveau verbal à 18 ans. Cette association demeure significative après ajustement des données pour d’autres paramètres (mode d’habitat urbain ou rural, niveau d’éducation des parents, antécédents psychiatriques dans la famille…) et comme elle persiste après exclusion des cas de psychoses se déclarant avant l’âge de 25 ans, les auteurs estiment qu’il ne paraît pas s’agir d’un « effet de type prodromique. »

Ces constats épidémiologiques suggèrent qu’un « dysfonctionnement dans le neurodéveloppement tardif » affecte vraisemblablement le niveau de performance verbale des adolescents et des jeunes adultes, et que ce contexte préjudiciable doit constituer un facteur de prédisposition à l’apparition ultérieure d’une psychose.

Dr Alain Cohen

MacCabe JH et coll.: Decline in cognitive performance between ages 13 an 18 years and the risk for psychosis in adulthood. JAMA Psychiatry 2013; 70 : 261–270.

Prévention de la schizophrénie chez les sujets à risque

medcsape franceGreenville, Etats-Unis Des chercheurs new-yorkais viennent de découvrir que l’excès du neurotransmetteur glutamate pourrait provoquer une transition vers la schizophrénie chez les personnes à risque de troubles psychotiques [1]. Un pas en avant dans la compréhension de la maladie qui pourrait permettre de diagnostiquer et de traiter les patients plus tôt.

A partir d’études alliant clinique et imagerie chez la souris et chez l’homme, le Dr Scott A. Small et coll. (Columbia Medical Center, New York, Etats-Unis) ont montré qu’un hypermétabolisme dans la région CA1 de l’hippocampe prédit son atrophie. Or, l’atrophie est un phénomène qui survient lors de la progression de la psychose.

« Ces études suggèrent que dans la schizophrénie et les troubles psychotiques associés, l’hypermétabolisme survient avant l’atrophie, qu’ils sont liés de façon mécanique et que […] le mécanisme commun est l’augmentation extracellulaire du glutamate », a indiqué le Dr Scott Small.

L’étude a été publiée dans le numéro d’avril de la revue Neuron.

Un hypermétabolisme prédictif de l’atrophie de l’hippocampe et de la psychose

D’après la littérature, la schizophrénie et les troubles psychotiques associés sont caractérisés par une atrophie et un hypermétabolisme anormal au niveau de l’hippocampe.

En outre, des études de neuro-imagerie récentes ont montré que la région CA1 et le subiculum de l’hippocampe « sont affectés de façon différentielle dans la schizophrénie en termes de volume, de forme et de mesures métaboliques. »

Restait à découvrir si l’hypermétabolisme et l’atrophie de l’hippocampe étaient liés et par quel mécanisme commun.

Pour tenter d’y voir plus clair, grâce à l’IRM, le Dr Small et coll. ont cartographié les fluctuations du métabolisme et déterminé l’atrophie de l’hippocampe chez des souris et des hommes.

Le volet clinique de l’étude a inclus 25 participants à haut risque de progresser vers une schizophrénie. L’ensemble des sujets souffraient de symptômes psychotiques prodromes (d’après la littérature, environ 30% progressent vers la schizophrénie). Les participants ont eu une IRM de leur hippocampe antérieur à l’entrée dans l’étude, ont été suivis cliniquement et ont subi une deuxième IRM en moyenne 2,4 ans plus tard.

Sur les 25 participants, 80% (20) ont eu une seconde imagerie et un suivi clinique mais aucun patient n’a été perdu de vue en termes de suivi clinique.

Au cours de l’étude, 10 des 25 patients ont progressé vers une psychose.

Au final, les sujets devenus psychotiques avaient un hypermétabolisme dans la région CA1 de l’hippocampe à l’entrée dans l’étude qui s’étendait ensuite au subiculum. Ces deux anomalies étaient prédictives de l’atrophie de l’hippocampe qui survenait lors du développement de la schizophrénie.

Glutamate : la clé du problème?

Pour tenter de comprendre le mécanisme sous-jacent l’hypermétabolisme et l’atrophie de l’hippocampe, les chercheurs ont recréé des conditions de psychose aiguë chez des souris avec de la kétamine.

La kétamine, a expliqué le Pr Holly Moore, investigateur de l’étude, est connue pour induire des psychoses et pour augmenter les taux de glutamate dans le cerveau. Mais, jusqu’ici, son effet sur l’hippocampe n’était pas connu.

Les chercheurs ont montré que lorsque l’activité du glutamate augmentait via l’administration de kétamine, l’hippocampe des souris devenait hypermétabolique. En outre, si le glutamate augmentait de façon répétée, l’hippocampe devenait atrophique, comme chez l’homme.

« Ce que le modèle de la souris nous a montré, c’est qu’il existe une association très claire entre l’excès de glutamate extra-cellulaire et l’hypermétabolisme de l’hippocampe, en particulier dans la région CA1 et le subiculum, les aires les plus affectées dans la schizophrénie…Cela nous a aussi montré que si vous contrez l’excès de glutamate…vous prévenez l’atrophie », a ajouté le Dr Moore.

Prévenir la psychose ?

Réguler le glutamate par des médicaments comme la gabapentine, la lamotrigine ou des agents expérimentaux comme le LY404309 chez des individus à haut risque ou à des stades précoces de la maladie pourrait donc s’avérer efficace, suggèrent les auteurs.

En théorie, il serait possible d’identifier les anomalies du métabolisme du glutamate grâce à l’imagerie chez les individus à haut risque ou à des stades précoces de la maladie. Réduire les taux de glutamate des patients schizophrène a déjà été tenté sans succès à des stades avancés de la maladie.

« Une intervention précoce pourrait prévenir les effets invalidants de la schizophrénie, et améliorer la guérison de l’une des maladies psychiatrique humaine les plus coûteuses », a indiqué le Dr Jeffrey Lieberman, l’un des auteurs, dans un communiqué.

Dans un éditorial accompagnant l’article, le Pr Bita Moghaddam (neuroscience, université de Pittsburg, Etats-Unis) note lui aussi que si l’abaissement du glutamate n’est pas utile chez les patients malades chroniques, « il pourrait s’agir d’une approche intéressante comme stratégie de prévention chez les individus à haut risque de schizophrénie. »

Ce sujet a fait l’objet d’une publication dans Medscape.com

SCHIZOPHRÉNIE: Une variante génétique double le risque de psychose

santelog.gifL’identification de cette variante génétique pourrait expliquer la présence et la fréquence d’épisodes psychotiques dans le trouble bipolaire.

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http://www.santelog.com/news/neurologie-psychologie/schizophrenie-trouble-bipolaire-une-variante-genetique-double-le-risque-de-psychose_10016_lirelasuite.htm#lirelasuite

Vivre (mal) avec une psychose

ACTUALITE MEDICALE

Vivre (mal) avec une psychose

Pour l’éditorialiste commentant la seconde enquête épidémiologique “Australian survey of psychosis” [1] sur l’existence marquée par une psychose et la comparant à la première, conduite une douzaine d’années auparavant, cette étude apporte à la fois de « bonnes » et de « mauvaises » nouvelles.

Du côté des bonnes nouvelles, on remarque la décroissance de la proportion des sujets souffrant de « troubles chroniques avec détérioration au fil du temps » : 24 % en 1997, contre 11 % en 2010. Une évolution favorable apparaît aussi dans le profil de la maladie puisque, si près d’un tiers des sujets connaissent des épisodes multiples avec rémission partielle entre ces phases aiguës, la fréquence de ces périodes de rémission augmente : 21 % en 1997, contre 29 % en 2010. Mais cependant, d’autres observations restent préoccupantes : en treize ans, la consommation de drogues n’a pas faibli, ni celle d’alcool ou de tabac. Ainsi, en 2010 comme en 1997, les deux tiers des psychotiques conservent une addiction au tabac (contre 25 % de la population générale d’Australie) et ils fument en moyenne 21 cigarettes par jour, le tabac constituant un « important facteur délétère pour leur santé physique » : 30 % des intéressés souffrent d’asthme et 18 % d’autres affections respiratoires. Autre effet nocif du tabagisme, son incidence fâcheuse en matière socioéconomique : la plupart des participants à l’étude ayant déjà « un revenu inférieure à la moyenne » (en raison du retentissement de la maladie sur la vie professionnelle, voire sur tout accès au monde du travail, même en milieu protégé), l’addiction au tabac « réduit encore les fonds disponibles pour les nécessités » de l’existence (habillement, transports…). On constate d’ailleurs –illustration tragique de la marginalité liée à la maladie mentale– que « plus du quart des patients (28 %) ont manqué de nourriture » durant l’année précédant l’enquête.

Autre changement significatif entre les deux études : la part des antipsychotiques de seconde génération (relativement aux neuroleptiques typiques) a doublé (passant de 37 % à 78 %), bien que « la controverse sur la supériorité (de l’une ou l’autre classe de neuroleptiques) demeure non résolue. »

[1] Enquête réalisée en Australie sur 1825 patients psychotiques en 2010 :

http://www.health.gov.au/internet/main/publishing.nsf/content/mental-pubs-p-psych10

Dr Alain Cohen

Galletly C : People living with psychosis: the good news and the bad news. Australian & New Zealand Journal of Psychiatry

2012; 46: 803–807.

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