APPROCHES PSYCHIATRIQUES, ASSOCIATIVES ET CLINIQUES DU HIKIKOMORI

APPROCHES PSYCHIATRIQUES, ASSOCIATIVES ET CLINIQUES DU HIKIKOMORI

Depuis la fin des années 1990 jusqu’à aujourd’hui, l’augmentation croissante du nombre de personnes en retrait social a contribué à positionner le hikikomori comme une préoccupation importante des autorités ministérielles nippones (Kôseirôdôshô 2001). Dans un premier temps, une synthèse d’articles publiés par les psychiatres dans des revues internationales nous permettra de mettre en valeur leur consensus mais aussi leurs difficultés à traiter des patients qu’ils rencontrent peu. Nous nous interrogerons donc dans un second temps sur la manière dont s’organise le soin sans les psychiatres, à travers notre enquête dans l’association « N.K. ». En effet, ce sont surtout les associations à but nonlucratif qui s’occupent, au quotidien, de sortir les hikikomori de leur isolement et de les réinsérer dans la vie sociale. En conclusion, nous indiquons les perspectives ouvertes par notre étude du point de vue de la psychologie clinique.

LE CONSENSUS DES PSYCHIATRES SUR LE HIKIKOMORI

Le nombre de personnes en situation de retrait social (hikikomori) se situe au Japon entre 260000 et 700000 personnes, définies comme ne sortant pas de chez elles pour au moins six mois, n’ayant aucune activité sociale (école, études, travail) et aucune relation amicale (Kôseirôdôshô, 2010). Nos premières questions sont les suivantes : le hikikomori est-il une pathologie psychiatrique ? Les hikikomori ont-ils une pathologie psychiatrique ? Trois propositions sont repérables. Les hikikomori ont tous une pathologie psychiatrique déjà répertoriée dans le DSM IV-TR ou la CIM-102. Une partie de la population hikikomori a une pathologie psychiatrique et l’autre partie n’a pas de pathologie psychiatrique. Il s’agit de la distinction entre hikikomori secondaire et primaire (Suwa et al. 2003) Une partie de la population hikikomori est porteuse d’une pathologie psychiatrique déjà répertoriée dans le Dsm IV-TR ou la Cim-10 et l’autre partie souffre d’une nouvelle pathologie : on pourrait l’inclure dans le glossaire des « syndromes liés à la culture » aux côtés du taijin kyôfushô3. Cette dernière proposition ayant reçu un large écho dans un certain nombre de revues internationales, nous allons brièvement en examiner les arguments principaux afin de dégager ce qui nous semble être un consensus au sein des psychiatres. Dans un article récent, des chercheurs américains veulent fournir « la preuve du hikikomori comme nouveau trouble psychiatrique » et affirment que les hikikomori sont « souvent mais pas toujours » classifiables dans le Dsm IV-TR,

Au terme de ce bref survol des données psychiatriques, un consensus se dégage : à l’étranger, les personnes hikikomori sont toujours porteuses d’une pathologie psychiatrique ; au Japon, ces cas existent mais il y a aussi des individus qui souffrent d’un syndrome lié à la culture. Ceci étant dit, il est nécessaire de rappeler que la psychiatrie japonaise s’est progressivement unifiée pour devenir une bio-psychiatrie avec conscience sociale, et sans psychothérapie5. Aussi, l’idée que ce sont les psychiatres qui rencontrent les hikikomori (Tateno et al. 2012) ne correspond pas, au Japon, à la réalité. Concrètement, ils ne voient qu’une partie des hikikomori, et ce sont les cas qui sont les plus susceptibles de donner lieu à un diagnostic psychiatrique. Un grand nombre de personnes en situation de retrait social sont soutenues par des associations à but non-lucratif fonctionnant sans psychiatres. Nous allons ici présenter l’une d’entre elles.

NOTRE ENQUÊTE DANS L’ASSOCIATION « N.K. »

N.K.6 est une association à but non lucratif crée en l’an 2000 dans une ville du Kansai, et qui a progressivement mis en place un système de soutien des familles et de prise en charge des hikikomori-nîto. Une des premières actions envers le jeune en retrait est d’effectuer une visite à domicile (katei hômon). Ensuite, lorsqu’il sort de son isolement, le hikikomori devient nîto, et peut être hébergé au sein d’un des lieux dont dispose l’association :

• Une maison partagée par quatre ex-hikikomori8 et un ex-hikikomori devenu membre de l’équipe

• Deux appartements occupés par trois ex-hikikomori pour l’un, et par deux ex-hikikomori pour l’autre.

• A ces trois « colocations » s’ajoutent deux appartements individuels séparés.

En tout, l’association héberge donc onze personnes (qui ont vécu une expérience de retrait social antérieure) pour une équipe de sept à huit salariés dont le travail se répartit en plusieurs activités : visites à domicile, groupe pour les parents (teireikai), entretiens individuels et avec les parents, accompagnement du quotidien des jeunes et coopération avec une équipe externe qui s’occupe de leur réinsertion. Un café géré par l’association emploie des anciens hikikomori et accueille chaque mois « l’université du café commun » (cafe comonzu daigaku). Cela ressemble au « café philo » français, lieu où l’on débat de questions de société avec des invités. Décrivons maintenant plus en détail comment cette association a élaboré l’aide destinée, non pas aux anciens hikikomori, mais aux hikikomori eux-mêmes pendant leur période d’isolement. Tout commence avec la décision des parents de prendre contact avec N.K., en général suite à une annonce dans les journaux ou via leur site internet. Ils sont alors conviés à une réunion d’information avec d’autres parents et peuvent participer à un groupe de parole régulier. Dans le cadre d’un entretien, les parents peuvent prendre un forfait de plusieurs séances qui stipule qu’un membre de l’association va effectuer des visites à domicile selon une méthodologie précise. D’abord, il est nécessaire de convenir d’un contrat oral avec la famille, sans l’enfant, car le mot d’ordre de cette association est d’« ouvrir la famille » (kazoku wo hiraku). Puis, un membre de l’équipe envoie des lettres au hikikomori en se présentant (tegami jikoshôkaisuru) : c’est généralement une carte postale (hagaki), sans enveloppe, pour que la personne hikikomori voie directement les caractères écrits, ce qui le dissuaderait de la jeter (cette procédure précise a été pensée dans ce sens par l’équipe). Ensuite, une lettre contenue dans une enveloppe l’informe d’un appel téléphonique à venir. Lorsque l’appel est passé, le parent le transmet à l’enfant qui, dans 90% des cas, le rejette. A nouveau, une carte postale est envoyée et l’informe, cette fois-ci, d’une visite. Le jour J, quasiment tous refusent d’ouvrir la porte. Ceux qui répondent signifient leur opposition. Quelques uns quittent le domicile avant l’heure du rendez-vous. Dans un cas, une jeune fille était absente car elle avait commencé à travailler. En général, le visiteur parle derrière la porte et glisse une carte. A partir de ce moment là, entre 30 % et 40 % commencent à changer, entre 20 % et 30% deviennent violents, et le reste demeure silencieux. Ceux qui commencent à changer se coupent les cheveux, sortent faire des courses, rangent leur chambre, se lavent (alors qu’ils ne le faisaient plus, d’où des problèmes dentaires fréquents). Dans certains cas, ils ouvrent la porte eux-mêmes, ou attendent dans le salon à l’heure du rendez-vous. Dans d’autres cas, ils frappent derrière la porte. Plus rarement, ils ouvrent la porte et poussent le visiteur mais lorsqu’il y a de la violence, elle est surtout dirigée contre les parents. L’arrivée de l’étranger provoque dans deux tiers des cas un déséquilibre de la vie familiale : soit des changements positifs adviennent, soit de la violence intrafamiliale se manifeste. Quelquefois, le rôle du visiteur s’oriente vers un accompagnement dans un hôpital psychiatrique, et lorsque la violence est terrible, il incite les parents à appeler la police dont l’intervention a systématiquement pour effet de stopper les actions violentes envers eux. Selon Monsieur T., 10 % ont un diagnostic de schizophrénie et 30 a 40 % des cas ont consulté un psychiatre. Il est très important de le mentionner, car cela va à l’encontre de l’idée selon laquelle ce serait les psychiatres qui verraient les hikikomori (Tateno et al. 2012). Fort de son expérience de douze années à s’occuper de ces jeunes, Monsieur T. affirme que 60 à 70 % n’ont jamais rencontré de psychiatre. Ceci est corroboré par les travaux de l’équipe de recherche en psychiatrie de l’Université de Nagoya qui soutient également le point de vue selon lequel ils ne rencontreraient que certains d’entre eux.

PERSPECTIVES DE RECHERCHES EN PSYCHOLOGIE CLINIQUE Une partie des recherches en psychologie clinique vise l’amélioration des techniques d’entretien. Dans cette perspective, nous avons souhaité connaître les questions posées durant les entretiens avec les parents. Pour Monsieur T., la conversation se limite à « comment ils se sont mariés, comment ils ont trouvé un travail » et à leur situation sociale actuelle. Pour obtenir davantage d’informations, nous avons témoigné de certains enseignements de la pratique clinique française : nous avons évoqué la présence, dans certains cas, de traumatismes transgénérationnels liés à la Seconde Guerre mondiale ou à la guerre d’Algérie (Halfon et al., 2000 ; Guyotat 2005). Ces points peuvent émerger dans les consultations des Français, et nous demandons si c’est le cas dans leurs entretiens. Pour nos interlocuteurs, Messieurs T. et Ueyama, ceux qui s’entretiennent avec les parents ne les questionnent pas sur leur propre enfance (contrairement aux cliniciens français). En revanche, Monsieur T. évoque le fait que les parents attribuent souvent une valeur traumatique à ce qu’ils ont vécu pendant la période de haute croissance économique (kôdo keizai seichô), entre 1955 et 1973. Mais de quoi s’agit-il exactement ? Les travailleurs sociaux sont-ils formés à traiter ces questions ? Une approche en psychologie clinique pourrait-elle permettre d’augmenter l’efficacité de ces associations tout en permettant d’éclairer d’un nouveau jour la complexité du phénomène hikikomori ? Ce seront quelques-unes des questions auxquelles nous tenterons de répondre dans la suite de nos recherches qui se donnent pour objectif de comprendre les mécanismes familiaux contribuant à une situation de retrait social d’un enfant, tout en mettant en valeur la position subjective de celui-ci, au cas par cas.

JEUNES DE LA RUE : ACCOMPAGNER L’ERRANCE PAR LA TOLÉRANCE

JEUNES DE LA RUE : ACCOMPAGNER L’ERRANCE PAR LA TOLÉRANCE

MEMOIRE   d’ HIRIART  Anaïs                             DECESF SESSION 2014

Extrait du mémoire:

Ce mémoire fût l’occasion pour moi d’approfondir ma connaissance d’un « public » dans un premier temps, mais pas seulement. Ces recherches m’ont permis d’élargir ma pensée, de réfléchir aux contradictions de notre société (elle crée ses propres exclus), à ses défaillances et même ses aberrations, de battre en brèche certains préjugés et surtout de rencontrer des professionnels passionnés par ce qu’ils font. La posture professionnelle est une notion que nous abordons beaucoup en formation. En théorie cela paraît évident, en pratique nous comprenons vite que notre personnalité, nos convictions entrent en jeu, et chacun adapte sa posture en fonction de ce qu’il est. Faire avec l’usager, au moment où il en est : toute relation d’aide doit commencer par là. Malheureusement les professionnels sont souvent tiraillés entre les exigences d’une institution et les besoins réels des usagers : il n’est pas rare d’entendre que les moyens, les outils mis à leurs dispositions sont inadaptés, insuffisants. Les programmes d’insertion pèchent par exemple par leur rigidité et leur manque d’ouverture aux dynamiques inhabituelles, et laissent sur le bord de la route un bon nombre de jeunes (entre autres). Leur point commun : une difficulté à « être » et à « devenir ».  Le monde de la rue est un monde particulier, c’est une micro-société avec ses codes, ses principes, mais surtout ses risques. Et le principal c’est de ne pas (s’)en sortir.

Traversant divers domaines de l’action sociale mes recherches sur ce thème de la jeunesse en errance m’ont amené à diverses conclusions. En premier lieu l’insertion professionnelle n’est pas une priorité pour ces jeunes qui connaissent la rue. Les interventions du travailleur social sur ces questions sont souvent réduites à l’échec : le besoin n’est pas là. Je me suis aperçue que les addictions à l’alcool, aux drogues, sont de véritables freins à l’insertion. Pour autant, s’inscrire dans une démarche de soins n’est pas si simple, le produit remplit une fonction bien spécifique qui régit tout le quotidien de ces jeunes, il est même une condition pour supporter la rue. Que ce soit concernant l’accès à l’emploi ou au logement, le parcours est long, les démarches nombreuses et fastidieuses, et eux n’en sont pas là. L’ouverture des droits n’est souvent pas effective, les papiers sont perdus, et les besoins physiologiques ne sont parfois même pas couverts. A cela viennent s’ajouter des problèmes de santé ou judiciaires qui rendent la situation encore plus urgente. J’ai donc fait le constat que les structures chargées de l’accompagnement des jeunes dans l’ensemble de leur problématiques étaient désertées par ceux que l’on considère comme marginaux. Les associations caritatives ou humanitaires prennent alors le relais car il est nécessaire de traiter l’urgence. Les raisons de cette désertification sont diverses, mais souvent c’est l’encadrement de ces mêmes structures qui agit comme un répulsif : trop de règles, trop de conditions. C’est pourquoi les structures dites « à bas seuil d’exigence », et basées sur un accueil inconditionnel sont davantage fréquentées. Au-delà du fait que les personnes peuvent venir « comme elles sont », que le cadre de ces structures est relativement souple, j’ai pu réaliser que le fait d’associer l’usager aux décisions, au fonctionnement, à l’organisation d’une structure est très apprécié par ces jeunes. Mettre les individus en position d’acteur permet non seulement de les responsabiliser mais aussi de leur laisser une certaine liberté, une marge de manoeuvre, et surtout la possibilité de s’exprimer sur ce qui les concerne en premier lieu. Certaines formes d’accompagnement sont trop rigides et ne correspondent pas aux besoins et attentes de ces jeunes à ce moment donné de leur parcours. Voilà comment je suis parvenue à établir l’hypothèse selon laquelle la souplesse et la tolérance apportée au cadre d’une structure permet d’entrer en contact avec des individus méfiants vis-à-vis des travailleurs sociaux et qui sont très peu enclins à la soumission à quelconque autorité. Il ne s’agit pas de supprimer toutes les règles et de faire au bon vouloir de chacun, il s’agit d’inventer de nouveaux modes de fonctionnement qui laissent une place réelle à l’usager. Le non-jugement est une notion primordiale également et est un préalable à toute relation de confiance. Elle est censée aller de soi, pourtant rares sont les lieux où il est possible de parler de sa consommation ou de ses problèmes sans se sentir jugé.

Tant que nous considèrerons que c’est à eux de s’adapter aucune avancée ne sera possible. Le travail social évolue avec la société et s’adapte aux individus qui la composent. C’est pourquoi nos pratiques doivent sans cesse être remises en question et novatrices, sans quoi ceux qui ne se conforment pas au cadre seront encore et toujours des « exclus ». Pourtant, ce sont les marges qui font bouger les systèmes.

« Il ne s’agit pas de fabriquer des hommes tous conformes à un modèle, ayant appris les mêmes réponses ; mais des personnes capables de formuler de nouvelles questions ».

Albert Jacquard, le Monde Diplomatique, mai 1988 p. 19

Lien au mémoire : http://www.cemea.asso.fr/jeunes-en-errance/IMG/pdf/HIRIART-_Memoire_CESF-.pdf

Le gouvernement compte améliorer l’accès aux soins des handicapés (Carlotti)

LE_PARISIENLe gouvernement souhaite améliorer l’accès aux soins des personnes en situation de handicap, a affirmé la ministre déléguée chargées des Personnes handicapées et de la lutte contre l’exclusion vendredi, lors du congrès de l’Unapei à Marseille.
Reprenant en partie à son compte le constat posé par le Livre blanc de cette fédération d’associations de familles et de proches de personnes handicapées mentales, elle a indiqué que « l’accès aux soins des handicapés sera l’un des points forts » du prochain comité interministériel du handicap.

Dans son Livre blanc, officiellement remis à la ministre, l’Unapei soulignait que les handicapés mentaux ont « deux fois et demi plus besoin de soins que la population générale », et qu’ils ont pourtant beaucoup plus de difficultés pour y accéder, qu’il s’agisse de soins liés ou non à leur handicap.
Mme Carlotti a souhaité notamment que soient améliorés « l’offre de premiers secours par la constitution d’équipes pluriprofessionnelles de proximité », « l’accessibilité des lieux de soins » et « l’accès à la prévention » individuelle et collective.
La ministre a aussi appelé de ses voeux une « sensibilisation accrue aux handicaps » lors de la formation des personnels de santé. Le Livre blanc relevait en effet que l’enseignement du handicap est « très limité durant le cursus des études médicales ».
Elle a également annoncé une amélioration de la « coordination entre le secteur sanitaire et le secteur médicosocial ».
Toutes ces pistes doivent être étudiées lors de la réunion prochaine du comité interministériel du handicap, qui regroupera « 11 ou 12 ministres », a-t-elle assuré.
Concernant l’accessibilité des handicapés à l’école, « nous avons créé en urgence 1.500 postes d’assistant de vie scolaire pour assurer la dernière rentrée », a-t-elle rappelé, tout en reconnaissant que les conditions d’emplois actuelles de ces personnes étaient « précaires, sans formation, sans qualification ».
« Nous allons proposer une professionnalisation de l’assistante de vie scolaire avec une qualification (…) Ça doit devenir un métier, parce qu’on n’accompagne pas un enfant sans qualification », a-t-elle lancé.