Les troubles mentaux, première cause de handicap

 

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Les troubles mentaux et en particulier ceux liés aux drogues représentent la première cause d’années vécues avec un handicap dans le monde, avec une proportion de 22,9%, selon de nouvelles données de la Global Burden of Disease Study (GBD) 2010.

Les troubles mentaux représentent la première cause d’années vécues avec un handicap

Dans deux articles publiés le jeudi 29 août 2013 dans The Lancet, les Prs Louisa Degenhardt de l’University of New South Wales à Sydney et Harvey Whiteford de l’University of Queensland à St Lucia (Australie) ont voulu préciser le poids des troubles mentaux dans le monde, rappelant qu' »historiquement, ils ne sont pas considérés comme une priorité de santé publique par rapport à d’autres maladies non transmissibles, comme le cancer ou les maladies cardiovasculaires ».

L’étude GBD 2010, dont les principaux résultats ont été dévoilés en décembre 2012, a examiné dans 187 pays la morbidité pour 291 maladies, dont 20 troubles mentaux (troubles anxieux, troubles de l’humeur, du comportement alimentaire, du comportement, handicap intellectuel ainsi que les troubles liés à une substance, alcool et drogues). Il apparaît que les troubles mentaux étaient la principale cause de maladies non mortelles dans le monde. Ils représentaient 175,3 millions d’années de vie vécues avec un handicap (YLD) en 2010, soit 22,9% de l’ensemble du handicap généré par des maladies non mortelles, devant les troubles musculosquelettiques (TMS, 21,3%). A titre de comparaison, les maladies cardiovasculaires et circulatoires représentaient en 2010 2,8% des YLD dans le monde et les cancers 0,6%.

La première étude de ce type menée en 1990 avait porté sur l’ensemble des troubles neuropsychiatriques, comprenant des troubles neurologiques et mentaux. Ils représentaient alors un quart des YLD dans le monde. En 20 ans, le poids des troubles mentaux seuls a augmenté de 37,6%, principalement avec la croissance démographique et le vieillissement de la population. Les chercheurs ont aussi calculé que les troubles mentaux génèrent la perte de 183,9 millions d’années d’espérance de vie sans handicap (DALY) dans le monde, soit 7,4%. Ils se classent comme la cinquième cause de morbi-mortalité dans le monde. Pour les décès prématurés uniquement, les troubles mentaux sont responsables de 8,6 millions d’années de vie perdues (YLL), soit 0,5% de l’ensemble des années de vie perdues dans le monde à cause des maladies. Les troubles dépressifs représentaient à eux seuls 40,5% des DALY perdues par l’ensemble des troubles mentaux analysés, suivis notamment par les troubles anxieux (14,6%), les troubles liés aux drogues (10,9%), ceux liés à l’alcool (9,6%), la schizophrénie (7,4%) et le trouble bipolaire (7%).

Dans une analyse à part, les chercheurs ont examiné la morbi-mortalité générée par les troubles liés par les quatre principales substances illicites uniquement, le cannabis, l’amphétamine, la cocaïne et les opiacés (héroïne). Depuis 1990, le poids de ces troubles a augmenté de plus de 50% et représentait en 2010 à eux quatre 0,8% de l’ensemble des DALY dans le monde. Ces résultats montrent que les troubles mentaux (et en particulier ceux liés aux drogues) contribuent de manière importante à la morbi-mortalité mondiale. La prévention et le traitement de ces troubles doivent être une priorité de santé publique, concluent les chercheurs.

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Un profil psychotique, facteur de risque suicidaire à l’adolescence

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 Dans sa dernière parution avant son changement de nom pour JAMA Psychiatry, Archives of General Psychiatry a publié une double étude cas-témoins, réalisée en Irlande, sur la portée d’une symptomatologie psychotique à l’adolescence comme facteur de risque suicidaire.

L’étude A comprend 212 adolescents âgés de 11 à 13 ans, et l’étude B (indépendante) comprend 211 adolescents âgés de 13 à 15 ans. Les auteurs observent que l’existence d’une symptomatologie psychotique est associée à un « risque suicidaire décuplé, au début et au milieu de l’adolescence » (Odds Ratio [OR] =10,23 ; Intervalle de Confiance à 95 % [IC95 %]  [3,25–32,26] ; p<0,001 pour la première étude ; OR=10,5 ;  IC 95%  [3,14–35,17] ; p<0,001 pour la seconde étude).

Cette augmentation du risque porte globalement sur « toute attitude suicidaire » : idées, projets, ou passages à l’acte. Le risque de « comportement suicidaire sévère » (projet ou acte) est même multiplié par 14 chez les adolescents dépressifs avec problématique psychotique, comparativement aux adolescents dépressifs sans antécédent psychotique (OR=13,7 ; IC 95% [2,1–89,6] ). Et parmi les adolescents exprimant des idées suicidaires, ceux avec troubles psychotiques ont un risque de suicide « presque vingt fois plus élevé », par rapport aux adolescents dépressifs sans contexte psychotique (OR=19,6 ; IC 95 %  [1,8–216,1] ).

Les symptômes psychotiques se révèlent ainsi « fortement associés » à une augmentation du risque suicidaire à l’adolescence. Ces symptômes pouvant cependant être frustes, il faut les rechercher par l’interrogatoire : « dans ces deux études, la majorité des adolescents avec idées suicidaires sévères révèlent des symptômes psychotiques, lorsque ceux-ci sont directement recherchés par l’entretien psychiatrique. » Aussi, concluent les auteurs, le dépistage d’un contexte psychotique devrait-il faire partie intégrante de l’évaluation systématique d’un projet ou d’une tentative de suicide.

Dr Alain Cohen