Schizophrénie : prudence sur les benzodiazépines

LE MONDE SCIENCE ET TECHNO    article du 16.11.2015 

Par Sandrine Cabut

 

 

La schizophrénie touche près de 1 % de la population. 

En matière de traitement des troubles agressifs dans la schizophrénie, tous les médicaments sont loin de se valoir, selon une étude nationale menée auprès de plus de 300 patients. Les antipsychotiques de deuxième génération semblent nettement plus efficaces que les molécules plus anciennes, de première génération. Quant aux anxiolytiques de type benzodiazépines, couramment prescrits à ces patients, ils ne devraient pas l’être au long cours car ils sont associés à un niveau d’agressivité plus élevé, conclut l’enquête, à paraître dans la revue Psychopharmacology.

La prévention des passages à l’acte hétéro-agressifs (envers autrui) est l’un des grands défis de la prise en charge de la schizophrénie. A l’échelle sociétale, l’enjeu est de réduire au maximum le risque que se produisent les faits divers dramatiques qui contribuent à l’image déplorable de la maladie. Ce dysfonctionnement de la connectivité cérébrale, qui touche près de 1 % de la population, reste bien souvent l’emblème de la folie avec délires, violences… Et le mythe qui fait du schizophrène un meurtrier, bien que battu en brèche par de nombreuses études scientifiques, a toujours la vie dure.

Une prise en charge adaptée de l’agressivité est aussi capitale pour les patients. « L’objectif de ces études n’est pas de les stigmatiser, mais au contraire de les aider car ils sont les premiers à se plaindre des effets de l’agressivité sur leur entourage, qui conduit à l’isolement et à la perte d’emploi », insiste le docteur Guillaume Fond, psychiatre et chercheur Inserm (Créteil), premier auteur de la publication. Avec le docteur Laurent Boyer (Marseille), il a analysé les données de 331 patients schizophrènes ayant consulté dans les dix centres experts du réseau FondaMental, sous la direction des professeurs Pierre-Michel Llorca (Clermont-Ferrand) et Antoine Pelissolo (Créteil).

Autoévaluation

Trois quarts des participants étaient des hommes, âgés de 32 ans en moyenne. Leur niveau d’agressivité a été autoévalué avec des questionnaires standardisés. « La schizophrénie est souvent associée à un défaut d’insight, c’est-à-dire une non-conscience des troubles, mais celle-ci porte principalement sur les idées délirantes et les hallucinations. Les patients sont en revanche souvent parfaitement capables de décrire leurs symptômes dépressifs et agressifs, c’est d’ailleurs surtout une action sur ces symptômes qu’ils attendent d’un traitement », précise le docteur Fond.

Dans cette cohorte, les antipsychotiques de deuxième génération (comme l’olanzapine, la rispéridone ou la clozapine), de loin les plus prescrits, étaient associés à un niveau plus faible d’agressivité physique et verbale que ceux de première génération. Les chercheurs ont aussi évalué les effets sur l’agressivité d’autres médicaments que prennent souvent les schizophrènes en plus des antipsychotiques. Aucun n’a été retrouvé avec les antidépresseurs et les stabilisateurs d’humeur.

En revanche, les benzodiazépines (Xanax, Valium…), que 28 % de ces patients consomment au long cours pour lutter contre l’anxiété ou les troubles du sommeil, étaient associées à un score plus élevé d’agressivité et notamment de colère. « Notre étude suggère qu’il faut éviter autant que possible ces médicaments sur le long terme. En tout cas, il est important d’évaluer leur rapport bénéfice/risque », note M. Fond.

Ces résultats sont une nouvelle pierre dans le jardin des benzodiazépines, famille de médicaments déjà pointée du doigt pour ses nombreux effets secondaires : dépendance et accoutumance, difficultés de sevrage, mais aussi somnolence, coma, perte de conscience, état confusionnel, agitation, désorientation, voire démences et apnées du sommeil… Une liste impressionnante qui n’empêche pas les Français de continuer à adorer ces pilules : en 2014, 7 millions de personnes en ont consommé avec une visée anxiolytique, dont 16 % en traitement chronique (sur plusieurs années), selon la Haute Autorité de santé.

Sandrine Cabut
Journaliste au Monde

Alcoolisme : le baclofène sort de la clandestinité

LIBERATIONPar SÉVERIN GRAVELEAU

RETOUR SUR Les défenseurs de l’utilisation de cette molécule pour le traitement de l’alcoolo-dépendance se réjouissent de l’annonce de son autorisation provisoire.

«Une date historique dans la lutte contre l’alcoolisme» : c’est ainsi que le professeur Bernard Granger caractérise l’annonce de l’agence du médicament (ANSM), lundi matin sur la place du baclofène dans la lutte contre l’alcoolisme. Le médicament, actuellement en cours de test pour traiter l’alcoolo-dépendance, devrait se voir accorder d’ici à la fin du mois une recommandation temporaire d’utilisation (RTU), a annoncé le patron de l’agence lors d’un colloque parisien. Autrement dit, l’ANSM autorise temporairement – trois ans – la prescription du baclofène aux patients alcooliques, avant même que le produit ne reçoive son autorisation de mise sur le marché (AMM).

Fin des prescriptions en cachette

Voilà près de cinq ans que Bernard Granger, responsable de l’unité de psychiatrie de l’hôpital Tarnier (AP-HP) attendait cette reconnaissance dont il est l’un des promoteurs. Plus précisément depuis la parution du livre Le dernier verre d’Olivier Ameisen, cardiologue devenu alcoolique, qui y racontait comment la molécule, initialement prescrite comme relaxant musculaire, avait supprimé son envie de boire.

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Dès lors, nombre de médecins généralistes, se sont mis à prescrire, en toute discrétion et à leurs risques et périls, le médicament pour le sevrage alcoolique de leurs patients, sans que ce dernier ne bénéficie d’une AMM pour cette pathologie. Sur le million et demi d’alcoolo-dépendants que compte la France, quelque 50 000 buveurs se seraient déjà fait prescrire du baclofène, un chiffre en augmentation de 29 % pour la seule année 2012 selon la Caisse nationale d’assurance maladie. Des prescriptions hors de tout contrôle, alors même que l’efficacité du médicament, et ses effets secondaires, n’ont encore fait l’objet d’aucune validation par les autorités sanitaires.

En mars 2012, une étude parue dans la revue Alcohol and Alcoholism évoquait un taux de succès (arrêt total de la boisson) de 58 %. Deux véritables essais cliniques sont en cours pour vérifier l’efficacité du baclofène à dose élevée ; leurs résultats ne seront connus qu’à la fin de l’année 2014. «Ce n’est pas la pilule miracle mais c’est un médicament qui semble efficace», précise le professeur Michel Reynaud (Hôpital Paul-Brousse, Villejuif), chargé d’un des deux essais cliniques. Pour lui, la RTU annoncée lundi va venir compléter son travail: «Cela va permettre de suivre les effets du baclofène sur une cohorte de cinq ou six milles patients. Ce que ne permet pas l’étude scientifique.»

«Pas de baguette magique»

De son côté, Bernard Granger y voit «une première étape avant l’autorisation de mise sur le marché». Les avantages sont multiples, selon lui. D’abord «c’est un élément sécurisant pour les généralistes qui prescrivaient déjà le baclofène, ou pour ceux qui hésitaient faute de cadre réglementaire», explique-t-il. Puis pour les patients «qui pourront maintenant se faire rembourser le médicament».

Certains de ses confrères tempèrent toutefois l’emballement suscité par l’annonce de l’agence du médicament. Pour Alain Rigaud, le président de la Fédération française d’addictologie (FFA), cette recommandation temporaire d’utilisation va surtout permettre de donner un cadre réglementaire à l’explosion du nombre de prescriptions, «sous la pression de patients qui y voient un remède miracle, et sous celle de médecins qui sont dans une véritable démarche militante». Il conclut en prévenant : «Contre l’alcoolisme, il n’y a pas de baguette magique. L’approche médicamenteuse ne doit pas faire oublier l’accompagnement des malades sur le plan psychosocial.»

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lien direct sur cette enquête : cliquez ici