Les patients adressés à un « centre expert » sur les troubles bipolaires ne sont pas forcément les plus gravement atteints

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Les études publiées par des équipes françaises dans les grandes revues de renommée internationale sont trop rares. Aussi ne manquerons-nous pas l’occasion de donner un écho à une recherche coordonnée par le pôle de psychiatrie des hôpitaux Henri Mondor et Albert Chenevier (Créteil, Val-de-Marne). Objectif de cette étude : cerner les principales caractéristiques des patients bipolaires adressés à un centre expert sur les troubles bipolaires (il en existe actuellement 8 en France et 1 à Monaco)[1], afin d’évaluer les « principaux dysfonctionnements affectant ces sujets » et de « comprendre les difficultés les plus significatives rencontrées par les praticiens confrontés à des patients avec des troubles bipolaires. »

Cette étude porte sur 839 patients ayant fait l’objet d’un des diagnostics suivants (selon les critères du DSM-IV) : troubles bipolaires de type I (48,4 %), troubles bipolaires de type II (38,1 %), ou troubles bipolaires sans spécification particulière (bipolar disorder not otherwise specified, 13,5 %). La durée moyenne de la maladie s’établit à 17 ans (± 11,3 ans), avec 41,9 % de patients ayant des antécédents de tentative(s) de suicide. Parmi les principales comorbidités éprouvées par les intéressés, on note la présence de troubles anxieux dans 48,3 % des cas et d’une addiction (drogue, alcool…) pour près d’un tiers des patients (32,8 %). Au moment de leur inclusion dans l’étude, plus des trois-quarts des intéressés (76,2 %) ne se trouvent pas en phase aiguë, mais sont considérés comme « en rémission », laquelle nécessite toutefois le maintien d’une surveillance thérapeutique.

Plutôt des malades souffrant de symptômes résiduels chroniques

Au total, 37,5 % de ces patients ont des « symptômes dépressifs résiduels légers à modérés » (conformément à l’échelle de Montgomery et Asberg pour l’évaluation de la dépression)[2], malgré le maintien d’un traitement antidépresseur chez 39 % d’entre eux (toutefois, on constate une mauvaise observance de ce traitement chez près d’un patient sur deux). Autres enseignements de cette recherche : des troubles du sommeil touchent 55 % des intéressés, un surpoids la moitié d’entre eux, et plus des deux-tiers (68,1 %) ont un « fonctionnement mental affaibli » (score ≥ 12 à l’outil permettant d’évaluer ce fonctionnement, le Functioning Assessment Short Test, FAST)[3] se révélant du reste « en lien avec des symptômes dépressifs résiduels, des troubles du sommeil, et une augmentation de l’Indice de Masse Corporelle. »

Contrairement à ce qu’on pouvait penser a priori, cette étude montre que la plupart des patients bipolaires adressés à un centre expert sur ces troubles « ne souffrent pas d’une forme sévère ou résistante au traitement de cette maladie, et ont plutôt des symptômes résiduels comprenant des perturbations subtiles mais chroniques ayant un impact important sur le fonctionnement psychique. » Les auteurs espèrent que le suivi longitudinal de ces patients permettra d’obtenir une meilleure compréhension de l’évolution de cette symptomatologie résiduelle chez des sujets bipolaires.

Dr Alain Cohen