Moindre fréquence du cancer de la prostate chez les schizophrènes : un artefact

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Dans divers pays (Angleterre, Danemark, Finlande, Israël), plusieurs études ont signalé une réduction de la fréquence du cancer de la prostate chez les sujets schizophrènes (Standard Incidence Ratio = 0,59 [0,49–0,76]. À l’origine de ce phénomène insolite, plusieurs hypothèses ont été avancées : influence de facteurs génétiques, des médicaments antipsychotiques, de la diminution des rapports sexuels entraînant mécaniquement une baisse des infections sexuellement transmissibles… Mais un biais méthodologique a été soulevé : vu les disparités dans la prise en charge des patients schizophrènes (parfois isolés, voire SDF ou en prison), il est probable que ceux-ci sont moins bien suivis au niveau somatique, et en particulier que le dépistage du marqueur biologique de ce cancer (l’antigène prostatique spécifique, PSA) soit moins efficace, comparativement aux sujets non schizophrènes.

Portant sur une population totale de 52 131 sujets (17 377 schizophrènes et 34 754 sujets-témoins), une étude réalisée à Tel-Aviv (Israël) a comparé la fréquence du dosage du PSA chez les schizophrènes et chez les sujets-témoins. Durant la période de suivi (2002 à 2009), cette surveillance biologique du PSA a été effectuée au moins une fois chez 26,2 % des patients schizophrènes, et chez 30,4 % des sujets-témoins (Odds Ratio = 0,83 intervalle de confiance à 95 % : 0,78–0,88 ; p < 0,001). Les auteurs constatent donc que le dosage du PSA est « significativement plus rare chez les schizophrènes que pour les sujets-témoins. » En particulier, ce dépistage s’avère « relativement rare » avant le diagnostic de cancer de la prostate, effectué « seulement dans 44 % des cas. »

Notons aussi que, contrairement à la loi française (mais comme la législation en vigueur aux États-Unis), la loi israélienne autorise les statistiques sur l’origine ethnique des participants : celle-ci est donc précisée, et se révèle analogue pour les deux groupes, sujets-témoins et sujets schizophrènes, ce qui permet d’écarter tout biais lié à un facteur ethnique ou génétique. Cette étude confirme que la surveillance biologique du cancer de la prostate reste plus sommaire chez les schizophrènes, le PSA étant dosé « environ 20 % moins souvent que chez les sujets-témoins. » Les auteurs notent que cette disparité dans le suivi des personnes concernées peut « conduire à une moindre efficacité des biopsies et une sous-estimation du cancer de la prostate parmi les sujets schizophrènes », conséquence pouvant bien sûr réduire la portée du constat initial de sa plus faible fréquence dans cette population particulière.

Dr Alain Cohen

 

 

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