Des anti-inflammatoires en psychiatrie ?

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Un  nombre croissant d’études suggèrent que les phénomènes inflammatoires peuvent jouer un rôle dans certaines maladies mentales, notamment dans la dépression et la schizophrénie. Des titres d’articles de la littérature psychiatrique sont explicites dans ce sens, tel celui d’O Köhler et coll. : « Effect of anti-inflammatory treatment on depression, depressives symptoms and adverse effect: a systematic review and meta-analysis of randomized clinical trials » (Effet d’un traitement anti-inflammatoire contre la dépression, les symptômes dépressifs et effets indésirables : revue systématique et méta-analyse des essais cliniques ;JAMA Psychiatry 2014 ; 71(12): 1381–1391.)
].

L’hypothèse « neuro-inflammatoire » ou « psycho-neuro-immunologique » repose sur la convergence de plusieurs constats empiriques. Ainsi, certaines maladies inflammatoires (qu’il s’agisse d’une affection systémique comme un lupus érythémateux disséminé ou d’une pathologie locale, secondaire par exemple à une infection ou à un traumatisme crânien) s’accompagnent souvent d’un épisode dépressif sévère, cette association pouvant même se rencontrer « une fois sur deux. » Réciproquement, lors d’un tel épisode dépressif sévère, il est fréquent d’observer une « augmentation de plusieurs marqueurs périphériques d’inflammation » : protéine C réactive, interleukine 6, facteur de nécrose tumorale… Et  certains signes cliniques sont communs à un contexte dépressif comme inflammatoire : anhédonie, perte de poids, anorexie…

On s’accorde donc sur l’existence probable d’un « lien entre processus d’inflammation cérébrale et troubles de l’humeur. » Cependant, la question de savoir si « les traitements anti-inflammatoires présentent une efficacité en psychiatrie » (contre la dépression ou d’autres maladies mentales) n’est pas tranchée. En revanche, les indices accumulés permettent de dessiner les contours de futurs essais cliniques, susceptibles d’ouvrir la voie à de nouveaux traitements prenant pour cible le système immunitaire. Par exemple, une molécule (l’hydrochloride de minocycline) est utilisée dans des essais thérapeutiques contre la schizophrénie. Or il s’agit… d’un antibiotique ! Conformément à ce nouveau paradigme sur la possibilité d’une composante neuro-inflammatoire en psychiatrie, ce produit est testé pour ses effets inhibiteurs sur l’activation des cellules microgliales, et dans l’intention d’agir contre la microflore intestinale (gut microbiome) dont « l’effet sur la modulation du comportement a été démontré. » À l’évidence, les frontières entre les différentes spécialités sont de plus en plus ténues…

Dr Alain Cohen

 

 

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