Où la maladie mentale crée des inégalités face au dépistage du cancer du sein

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Diverses études épidémiologiques indiquent une augmentation de la mortalité par cancer chez les sujets souffrant d’une maladie mentale, quels que soient le ou les mécanismes impliqué(s) à l’origine de ce phénomène dont le principal facteur serait, vraisemblablement, une moindre surveillance médicale dans cette population.

Une méta-analyse réalisée en Grande-Bretagne a visé à déterminer si cette prise en charge moins importante concerne, en particulier, le cancer du sein, en affectant notamment son dépistage par la pratique des mammographies. Les auteurs ont donc examiné la littérature médicale évoquant la fréquence de ces mammographies, dans 24 études portant au total sur plus de 715 000 femmes souffrant d’une maladie mentale identifiée et dans 5 études relatives à près de 22000 femmes présentant une « détresse » psychologique, mais sans diagnostic psychiatrique précis.

Cette méta-analyse montre effectivement une « réduction significative » du recours aux mammographies chez les femmes ayant une affection psychiatrique étiquetée (Odds ratio OR = 0,71 ; intervalle de confiance à 95 % : 0,66–0,77), mais pas chez les femmes souffrant d’une « simple » détresse psychologique, sans notification d’un diagnostic associé. Cette « baisse significative » de la vigilance médicale dans la démarche préventive du cancer du sein se révèle « particulièrement marquée » en cas de « maladie mentale sévère » comme une schizophrénie ou une autre psychose (OR = 0,54 ; IC 95 : 0,45–0,65) et, à un degré moindre, lors de troubles thymiques (OR = 0,83 ; IC 95 : 0,76–0,90).

Pour les auteurs, ce constat de carence quant au suivi somatique des patientes souffrant d’une maladie mentale doit désormais susciter d’autres études pour préciser l’influence de ces mammographies sur le diagnostic (sans méconnaître les faux positifs), sur les stratégies thérapeutiques et, en définitive, sur la mortalité de ces femmes. Mais cette recherche fournit surtout une nouvelle occasion de s’interroger sur la question éthique et pratique de l’égalité concrète de tous les patients, à l’égard des ressources médicales disponibles face aux maladies.

Dr Alain Cohen