Quel est le cœur de la schizophrénie ?

logo1

 

L’éditorialiste de Jama Psychiatry nous rappelle qu’un débat important concerne actuellement la nature profonde de la schizophrénie. Habitués à la voir comme une psychose emblématique, sommes-nous prêts à faire du déclin cognitif (préalable à son émergence clinique) un critère de diagnostic propre à replacer cette maladie parmi les troubles cognitifs, plutôt que de lui conserver un statut exclusif de psychose ? Comme le résume l’auteur (psychiatre à l’Université de Nashville au Tennessee (États-Unis), « venons-nous de manquer cette opportunité » d’un changement possible (voire souhaitable) de paradigme, « avec la parution du DSM-5 où la schizophrénie demeure classée parmi les psychoses ? » Car des voix s’élèvent pour proposer d’intégrer la schizophrénie au sein des troubles cognitifs. Selon cette conception (remontant à Kraepelin, le créateur du concept de démence précoce (dementia praecox), et de l’appellation initiale d’hébéphrénie et de schizophrénie), la dimension psychotique ne serait en fait que « secondaire ou associée » à cette maladie mentale qui relèverait d’abord et fondamentalement d’un déficit des fonctions cognitives.

En nous focalisant longtemps sur les signes positifs de la schizophrénie (délire, hallucinations), nous avons occulté le fait qu’elle comporte aussi des signes peut-être moins spectaculaires, mais très importants : anomalies du comportement psychomoteur, désorganisation de la pensée, symptômes négatifs (comme l’aboulie ou l’avolition). Concrètement, cette désorganisation de la pensée et ces signes négatifs s’apparentent en partie à des déficits cognitifs et conditionnent d’autant plus le pronostic évolutif que les médicaments antipsychotiques ont moins d’impact sur ce type de symptômes.

Devant l’absence actuelle de traitement pharmacologique contre le déclin cognitif, l’auteur met toutefois en garde contre un risque de résignation fataliste. Si la pensée de Kraepelin était « influencée par l’Allemagne impérialiste » de son époque, facilitant en lui l’évocation du concept de « dégénérescence et de dégâts irrémédiables à l’origine des maladies mentales », nous ne souhaitons pas « revenir en arrière » à ce propos en affirmant l’irréversibilité des troubles : le succès (modeste, mais effectif) de la remédiation cognitive suggère qu’il n’est pas illusoire d’espérer contrer le déclin cognitif. Et les deniers de la recherche ne seront pas dépensés en vain, en s’efforçant de découvrir des molécules susceptibles de viser le déficit cognitif comme cible prioritaire pour contrer l’évolution (encore trop souvent péjorative) de la schizophrénie.

Dr Alain Cohen

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s