Troubles psychiatriques sous presse

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« Forcené », « désespéré », « dément »… Quand une actualité insolite ou tragique rappelle au grand public l’existence des troubles psychiatriques, les colonnes des journaux abritent régulièrement ce type de clichés classiques. Rappelons pourtant que la grande majorité des malades mentaux ne sont guère violents, et que l’association de la dangerosité (parfois paroxystique) à la maladie mentale reflète une distorsion liée à la médiatisation extrême de certains faits divers, particulièrement lugubres.

Or l’amélioration de l’image des malades mentaux dans la presse figure justement parmi les objectifs du programme britannique contre la stigmatisation des sujets souffrant d’une pathologie psychiatrique (programme Time To Change, déjà évoqué sur ce site, et bénéficiant d’un budget de 20,5 millions de livres sterling, soit environ 24,3 millions d’euros). En effet, le caractère du discours médiatique contribue à influencer la population, en perpétuant (ou non) la discrimination trop fréquente à l’égard des malades mentaux.

Une étude a donc été consacrée à l’évolution de cette image dans la couverture journalistique des sujets de santé mentale entre 2008 et 2011, dans 27 supports de la presse nationale et régionale (au Royaume Uni où la presse écrite conserve une grande importance). Parmi ces journaux, figuraient notamment dix grands quotidiens nationaux (tirage > 100 000 numéros), et la diversification géographique était assurée en ne choisissant qu’un seul titre local par région. On observe une « augmentation significative de la proportion des articles anti-stigmatisation » durant cette période mais, curieusement, « aucun recul proportionnel » des articles fustigeant la maladie mentale. En revanche, la part des articles neutres (en termes de stigmatisation) se trouve en diminution.

Pour les auteurs, ces constats partagés révèlent toutefois un « effet prometteur » du programme anti-stigmatisation Time To Change et des « améliorations » dans la perception de la maladie mentale par les journalistes. Avec l’espoir, dans la mesure où ceux-ci sont censés constituer des relais d’opinion efficaces, que ce progrès se répercute ultérieurement sur leurs lecteurs, autrement dit dans l’ensemble de l’opinion publique.

 

 

Dr Alain Cohen