Huit à 9 ans de vie en moins avec une maladie bipolaire

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La maladie bipolaire s’accompagne d’une surmortalité, comparativement à la population générale, mais les raisons précises et les mécanismes sous-jacents demeurent méconnus. Conduite par des équipes de l’université de Stanford (Californie) et de celle de Malmö (Suède), une étude de cohorte (comportant 6 618 patients avec maladie bipolaire), a examiné les comorbidités et la mortalité entre le 01-01-2003 et le 31-12-2009 au sein de cette population.

On constate que les sujets bipolaires meurent en moyenne 8,5 ans (hommes) à 9 ans (femmes) plus tôt que le reste de la population. La mortalité de toutes causes se trouve augmentée, et quasiment doublée, chez les femmes (Hazard Ratio [HR] : 2,34 ; intervalle de confiance à 95 % [IC] : 2,16–2,53) comme chez les hommes (HR : 2,03 ; IC : 1,85–2,23). En particulier on note une augmentation de la mortalité par maladies cardiovasculaires, diabète, bronchopneumopathies obstructives, pneumonies, grippes, accidents (involontaires), suicides ou cancers (pour les cancers, cependant, la surmortalité ne concerne que les femmes bipolaires).

Comme on pouvait l’imaginer d’emblée, le suicide contribue beaucoup à cette inflation de la mortalité, puisqu’il se révèle huit fois plus fréquent chez les hommes (HR : 8,09 ; IC : 5,98–10,95) et même dix fois plus fréquent chez les femmes (HR : 10,37 ; IC : 7,36–14,60) souffrant de maladie bipolaire par rapport à la population générale. En revanche,  contrairement à ce qu’on pouvait penser a priori, les phénomènes d’addiction à des substances ne « participent que modestement » à ce phénomène de surmortalité dans la maladie bipolaire. Autre constat, plus logique et attendu : l’association entre une maladie chronique (métabolique, cardiovasculaire, cancer, etc.) et cette surmortalité s’avère moins marquée quand le diagnostic (et le traitement) de cette comorbidité est déjà intervenu auparavant (HR : 1,40 ; IC : 1,26–1,56) que dans le cas contraire, en l’absence d’un diagnostic préalable (HR : 2,38 ; IC : 1,95–2,90 ; p=0,01). Ce dernier point est rassurant car il suggère, estiment les auteurs, qu’une prise en charge correcte des comorbidités (autrement dit un meilleur suivi médical en cas de maladie bipolaire) pourrait effectivement se traduire par une diminution de cette mortalité excessive affligeant encore trop souvent les patients concernés.

Dr Alain Cohen

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