Vivre avec une maladie bipolaire

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Dans la conception de Kraepelin, les psychoses dites endogènes sont divisées en deux catégories distinctes : la “ démence précoce ” (schizophrénie) et la “ maladie maniaco-dépressive ” (correspondant à l’actuel trouble bipolaire et au trouble unipolaire récurrent). Kraepelin voyait une nette différence entre ces deux types de psychoses : la démence précoce passait pour une affection chronique, associée à une détérioration cognitive, alors que la cyclothymie était épisodique, avec un retour à un fonctionnement normal entre les épisodes. Mais l’affirmation de Kraepelin sur le caractère présumé épisodique de la maladie maniaco-dépressive se révèle infondée : on estime désormais qu’environ 10 % des patients bipolaires et 20 % des sujets déprimés restent malades de façon chronique.

On peut certes observer des rémissions, en se basant sur l’évaluation clinique de la symptomatologie dépressive (humeur, idées suicidaires, dynamisme), mais le fonctionnement cognitif et psychosocial peut rester perturbé. Pourtant, cette question du fonctionnement cognitif et psychosocial au fil du temps chez les patients souffrant de troubles de l’humeur a reçu relativement peu d’attention jusqu’à présent, bien que la vie avec une maladie bipolaire représente parfois pour les intéressés une “ bataille de plusieurs dizaines d’années ” où “ la maladie et les traitements peuvent affecter leurs capacités de base pour s’adapter et se comporter ”, en particulier “ la clarté de la pensée, la mémoire et la concentration. ”

Étudiant le fonctionnement psychosocial des sujets bipolaires, certains chercheurs ont ainsi constaté que “ les deux tiers des patients n’accèdent pas à une récupération sociale et professionnelle complète et ne reviennent pas à leurs niveaux fonctionnels prémorbides. ” Cette altération du fonctionnement neuropsychologique se traduit notamment par un “ dysfonctionnement cognitif significatif dans la mémoire verbale et le fonctionnement exécutif formel, par exemple la planification, la résolution de problèmes, le raisonnement verbal et le suivi des actions. ” Pour prévenir les récidives de troubles bipolaires, des programmes psycho-éducatifs mettent l’accent sur “ la sensibilisation à la maladie, l’observance du traitement, la détection précoce des symptômes avant-coureurs et la régularité de vie. ” Traiter et améliorer les déficits cognitifs associés aux troubles thymiques constitue donc un objectif prioritaire pour améliorer la vie des personnes vivant avec une maladie bipolaire.

Dr Alain Cohen

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