Malades psychiques : en finir avec la chasse aux sorcières !

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Malades psychiques : en finir avec la chasse aux sorcières !
Résumé : Un clubhouse vient d’ouvrir à Paris. Il accompagne des personnes atteintes d’une maladie psychique. 360 dans le monde mais le premier en France ! Face à ce trou béant, Philippe Charrier, son président, crie son indignation….

Par Philippe Charrier, président de l’association Clubhouse France le 04-10-2012

Handicap.fr : Comment vous-est venue l’idée de vous engager dans une aventure auprès des personnes atteintes de maladie psychique (psychose, schizophrénie, maniaco-dépression, bipolarité…) ?
Philippe Charrier : Aux Etats-Unis, le concept existe depuis longtemps, et un franco-américain m’en avait parlé. J’ai été tout de suite séduit par l’idée et ai eu envie de tenter l’expérience à Paris. J’ai donc monté une petite équipe et recruté Céline (Aimetti). Au bout d’un an, même si cela pouvait sembler prématuré, nous avons décidé de nous jeter à l’eau. C’est ainsi que le premier Clubhouse Français a vu le jour, à Paris, dans le 10ème. Nous fonctionnons grâce aux dons privés, avec un budget de 400 000 euros par an.

H.fr : Mais pourquoi vous êtes-vous impliqué plus particulièrement dans le domaine de la maladie psychique ?
PC : Pour trois raisons. La première, c’est que je me suis toujours impliqué dans l’associatif. Depuis, 25 ans, à la fois pour mon équilibre familial, personnel et professionnel. Je suis de ceux qui croient à l’initiative individuelle et qui refusent de tout déléguer à l’Etat. Un mal bien français !

H.fr : Y-a-t-il des motifs plus personnels à votre implication ?
PC : Oui, c’est la deuxième raison. L’un des membres de ma famille est lourdement touché par une maladie psychique.

H.fr : Et la troisième raison ?
PC : J’ai compris que la plus grande exclusion était cérébrale. Quatre SDF sur cinq souffrent d’une maladie psychique. Cela suscite en moi un immense sentiment de révolte. On ne peut pas accepter de laisser ces personnes dans un tel abandon…

H.fr : Pourquoi cette situation. La maladie mentale, en France, c’est la bête noire ?
PC : Oui, évidemment. Il suffit de regarder les séries télé. Qui commet les meurtres violents ? Les tueurs en série ou les « schizos » ! C’est affligeant. J’ai déjà entendu des hommes politiques s’envoyer des insultes du genre « Vous avez une attitude de schizo ! ». Il y a une stigmatisation permanente dans notre pays : ce sont des gens paresseux ou dangereux ! Lorsqu’on a cherché un local pour notre clubhouse, les propriétaires avaient peur de voir débarquer des fous furieux !

H.fr : Mais les idées-reçues ne sont jamais dénuées de vérité…
PC : La maladie mentale est comme les autres maladies. Elle peut atteindre n’importe lequel d’entre nous. Et il existe aujourd’hui des traitements très efficaces. Il y a une méconnaissance absolue de ce type de troubles qui nous oblige, pour démystifier tout cela, à un travail fou. Si je peux me permettre d’utiliser ce terme !

H.fr : Les travailleurs handicapés font peu à peu leur place dans l’entreprise mais qu’en est-il de ceux qui ont une maladie psychique ? Les patrons ont-ils, eux-aussi, la trouille ?
PC : Evidemment, même constat. C’est pour cette raison qu’au sein du clubhouse Paris nous avons un vaste accompagnement pour préparer à l’insertion professionnelle.

H.fr : Mais avant le clubhouse Paris, le désert ? Il n’y a donc aucune autre initiative qui vienne en aide aux personnes atteintes de maladies psychiques ?
PC : Il y a des tas d’agences d’Etat dédiées en France, mais leur surnombre nuit à l’efficacité du système. J’assume, par ailleurs, depuis juin 2012, la présidence de l’Unafam (Union nationale de familles et amis de personnes malades et/ou handicapées psychiques) qui, contrairement à d’autres associations de personnes handicapées, gère un seul établissement. Or elle rassemble 15 000 familles. Et on estime à 600 000 le nombre de personnes, en France, touchées par une maladie psychique. Alors même s’il existe d’autres projets, cela donne une idée de la misère de la prise en charge dans notre pays. C’est un trou béant ! Il y a vraiment matière à s’indigner…

H.fr : Que faut-il faire pour changer le regard sur la maladie psychique ?
PC : Communiquer, destigmatiser, prouver qu’il y a beaucoup d’humanité et de talents chez les personnes malades ! Parce que l’un de ses amis est bipolaire (et néanmoins brillant !), nous avons la chance d’avoir, au sein de notre comité de soutien, Alain Cayzac, ancien président du PSG, et directeur de l’agence de RSCG, une boite de communication ultra puissante. Alors nous profitons de ses conseils. Avec le soutien de l’Unafam, nous préparons une grande campagne de sensibilisation sur ce thème à l’intention du grand public.

H.fr : Vous êtes, vous-même, un chef d’entreprise puissant dans le milieu médical (Oenobiol, Labco…). C’est une belle garantie pour assurer le succès de ce clubhouse ?
PC : Oui, certainement. Nous gérons ce projet comme des industriels, avec toutes les techniques et le savoir-faire de l’entreprise et un vrai plan de développement.

H.fr : Ce qui signifie qu’il y aura bientôt d’autres clubhouses en France ?
PC : Nous l’espérons… Ce projet est collectif et de nombreux talents y participent. Ce sont eux qui feront notre succès.

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