La psychiatrie fait le mur

Republicain Lorrain

L’hospitalisation en psychiatrie coûte cher, et un tiers des patients n’y a pas sa place. Il existe un dispositif nommé « familles gouvernantes », autofinancé, qui leur rend une place dans la cité… et ne demande qu’à être développé.

La formule « familles gouvernantes » est une alternative à la vie en hôpital psychiatrique. Un dispositif méconnu et peu développé. Pourtant, il ne coûte rien et a l’avantage de faire progresser des malades qui développent des ressources inattendues une fois réinsérés dans une vie « normale», dans de grands appartements en colocation. Comme les deux de Sarreguemines qui fonctionnent depuis douze ans. Ça ressemble à une petite famille, avec une gouvernante qui assure le rôle de la mère, qui gère l’hygiène, les rendez-vous, l’argent de poche de cinq majeurs protégés (sous tutelle ou curatelle de l’Udaf, Union départementale des associations familiales). La condition, c’est que les malades soient stabilisés.

Pour fonctionner, il faut deux appartements de cinq « locataires », pour que leurs deux gouvernantes puissent se remplacer mutuellement et assurer une présence le week-end. Elles-mêmes vivent tout près, dans le quartier. Le système est autofinancé : les résidents ont l’AAH (allocation adulte handicapé, environ 770 €) et une PCH (prestation de compensation du handicap, environ 430 €). Elles suffisent pour chaque locataire à rémunérer la gouvernante, payer sa part du loyer, des charges, et dégager un petit pécule. Les malades sont donc les employeurs de la gouvernante grâce à la PCH. Cette allocation mensuelle équivaut au prix d’une seule journée d’hospitalisation en psychiatrie (400 à 480 €)… Là où ces mêmes patients passeraient chaque jour de leur vie si les « familles gouvernantes » n’existaient pas. Pour environ 30 fois plus cher, en coût pour la collectivité. Mais la PCH est versée par le conseil général, alors que les hospitalisations en psychiatrie sont financées par l’État…

« Une vraie bonne alternative à l’hôpital »

Des incohérences qui font taper du poing sur la table au directeur général de l’Udaf, Marcel Dossmann, appuyé par la psychiatre du CHS qui suit les patients sarregueminois, le Dr Malika Birig. Ils demandent une évaluation médicale et économique de ce dispositif qui est « une vraie bonne alternative à l’hospitalisation, mais qui n’est pas reconnu en tant que tel ». En France, affirme le Dr Birig, 30 % des personnes en hôpital psychiatrique n’y ont pas leur place, mais y restent faute d’autre solution. En Moselle, les « familles gouvernantes » accueillent 85 résidents encadrés par 17 gouvernantes, dans sept communes (Boulay, Metz, Rombas, Fameck, Florange, Hayange et Sarreguemines). Elles sont gérées par une responsable, qui est en même temps, chef d’un autre service de l’Udaf. L’idée vient de la Marne. A Saint-Avold, deux appartements avec dix patients sont prêts à démarrer, affirme le directeur de l’Udaf. Mais il a mis le projet à l’arrêt, en attendant une clarification des missions. Marcel Dossmann refuse de porter plus longtemps la double responsabilité d’être mandataire de ces personnes sous tutelle et en même temps porteur du dispositif. « On n’arrive plus à faire face à la demande », constate-t-il. Si les familles gouvernantes sont une bonne alternative, qu’on le reconnaisse, demande-t-il. « Que l’État prenne ses responsabilités. Et qu’on nous donne des moyens pour la développer ! »

Estelle FERNANDES

 

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