Sommes-nous tous des malades mentaux ?

 

Republicain Lorrain

La classification américaine des maladies mentales, le DSM, est devenue la « bible » psychiatrique. Mais sa cinquième édition, le DSM-V, déclenche un tollé en France…

Vous éprouvez toujours une profonde tristesse 15 jours après le décès de votre mère ? Vous souffrez de deuil pathologique. Votre cave déborde d’objets inutiles ? C’est à cause d’un « trouble d’accumulation compulsive » ou « syllogomanie ». Quant au petit dernier, que la maîtresse trouve trop agité en classe et qui vous fatigue car il court partout en criant, il est évidemment atteint d’un trouble de l’attention avec hyperactivité !

Ces caricatures de diagnostics ne relèvent pas du Dr Knock mais pourraient être tirées du nouveau DSM, à en croire ses détracteurs. Devenu la « bible » psychiatrique, ce Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux , dont la cinquième édition sera publiée par l’Association américaine de psychiatrie le 18 mai, est l’objet de multiples attaques.

La principale concerne l’explosion du nombre de pathologies, passées de 145 à 410 en 30 ans, et l’apparition de nouveaux troubles contestables. Avec le DSM-V (la 5e édition), les allergiques s’abstiendront de tout grattage de peau « compulsif » sous peine de se voir taxer de « dermatillomanie » ou « trouble d’excoriation compulsive ».

Quant au « trouble dysphorique prémenstruel », il donnera des arguments à ceux qui sont persuadés que l’humeur des femmes varie avec leur cycle… D’autres pathologies voient leur seuil abaissé : « Douze accès de gourmandise en trois mois constituent un trouble de l’hyperphagie », cite Patrick Landman, dans Tristesse Business (1). Ce psychiatre-psychanalyste, fondateur du mouvement Stop-DSM, juge aussi abusifs les critères du « trouble de dérégulation de l’humeur explosive » chez des enfants colériques. Mais c’est la notion de deuil pathologique qui choque le plus. En 1980, le DSM n’évoquait pas de durée ; en 1994, il estimait qu’au bout de deux mois d’une tristesse profonde persistante, la personne tombait dans le « deuil pathologique ». Le DSM-V évoquerait une durée de deux semaines.

Invention de folies

« Cela n’a aucun sens. Le deuil n’est pas une maladie. Il fait partie de la vie humaine. Et pourquoi pas la naissance, la rentrée ou le mariage ? », commente le Pr Jean-Louis Terra. « À trop multiplier les maladies mentales, on va perdre l’essentiel », juge ce psychiatre lyonnais, tout en soulignant « une demande croissante faite à la psychiatrie » pour le deuil, le mal-être, les douleurs inexpliquées…

D’autres critiques touchent à la nature du DSM. On ne peut pas classer les maladies mentales comme on classe les maladies somatiques, expliquent ses détracteurs.

Pour toutes ces raisons, le Dr Landman n’hésite pas à dire que « le DSM a mis au point une fabrique de nouveaux fous ».

(1) Éditions Max Milo, 12 euros.

Sylvie MONTARON.

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