Le DSM est-il objectif ?

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Exerçant au département de Psychiatrie et Sciences du Comportement d’une université de Washington (États-Unis), le Dr Sumit Anand évoque un sujet sensible : les rapports occultes des médecins « leaders d’opinion » (KOL : key opinion leaders), en particulier les psychiatres rédigeant le prochain DSM-5, avec l’industrie pharmaceutique.

Dans la mesure où la presse médicale, l’organisation matérielle d’un congrès, symposium, et toute formation post-universitaire sont peu ou prou redevables aux investissements promotionnels des firmes pharmaceutiques, la recherche en psychiatrie est-elle suffisamment indépendante d’une industrie sans laquelle il n’y aurait tout simplement ni découverte de nouvelles molécules, ni sponsoring d’une grande partie de notre formation continue ?

Mais si l’on peut apprécier que l’implication des annonceurs permette aux lecteurs des revues médicales de payer moins cher leurs abonnements (et profite donc à l’ensemble des médecins, en subventionnant une part significative du coût de leur formation permanente), d’autres pratiques doivent susciter des réserves. L’auteur explique ainsi qu’il serait « naïf » de croire que les médecins (américains) « seraient immunisés de toute influence invasive » (d’ordre commercial). Il cite l’exemple de l’Association Américaine de Psychiatrie (APA), mère du célèbre DSM et où « la majorité des rédacteurs du DSM-5 aurait des attaches avec l’industrie pharmaceutique. »

Selon le Dr Sumit Anand qui n’hésite pas à employer l’indicatif (have, ont) que nous rendons prudemment par un conditionnel (auraient), l’APA « réfute le pourcentage » (> 50 %, puisqu’on dit « la majorité ») mais elle « reconnaît elle-même qu’environ 28 % des collaborateurs du DSM-5 conservent de tels liens », sous forme de financements pour des essais cliniques (12 %), consultations pour développer ou améliorer de nouveaux médicaments (10 %), ou honoraires directs (7 %). Un effort de « moralisation » tend cependant à limiter ces honoraires à 10 000 $ par an.

S’il est illusoire de croire qu’à l’instar des troupes de Frédéric de Prusse (mues par la devise Pro Gloria et Patria, Pour la Gloire et la Patrie), les chercheurs seraient aussi motivés par la gratuité que par une juste rétribution de leurs efforts, une meilleure transparence en la matière garantirait certainement une plus grande objectivité du DSM. Et le mettrait à l’abri de tout soupçon de collusion entre ses « décideurs » (les fameux KOL) et celle que l’auteur appelle « Big Pharma » (terme péjoratif dû au journaliste britannique Jacky Law). Cette attitude combattrait l’idée que l’industrie pharmaceutique peut inciter à prescrire davantage, dans une démarche de « disease mongering », en feignant d’oublier qu’à l’autre bout de la chaîne, il existe un patient rétribuant son médecin pour être soigné, et que le concept de « soin » est généralement consubstantiel, dans l’esprit du public, à celui de « médicament. »

 

Dr Alain Cohen

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