« Le cerveau d’Hugo » : un docu-fiction sur l’autisme

Publié le 27/11/2012 sur

TéléObs

Ce soir à 20h45 sur France 2.

Josef est atteint du syndrome d’Asperger. D’un autisme de haut niveau. Petit, on le prenait pour un enfant retardé. Jusqu’à l’âge de 6 ans il n’a pas dit un mot. Sans la détermination de ses parents, il aurait vraisemblablement été placé en hôpital psychiatrique. Quinze ans plus tard, Josef est diplômé de Sciences-Po, titulaire d’un doctorat de philosophie, et il parle sept langues.

Dans ce docu-fiction de Sophie Révil, doublé par la voix de Sophie Marceau, une dizaine d’autistes de tous âges racontent ce qu’ils ressentent face à un monde qu’ils appréhendent mal, leur isolement intérieur, leurs angoisses, leurs difficultés à communiquer, les moqueries, voire les coups subis à l’école, ou encore leur peur de l’avenir. Crainte évidemment partagée par les parents qui s’expriment ici. Mais pourquoi avoir choisi en partie la fiction alors que des témoignages, passionnants, suffi sent au propos ?

Bien que joliment filmées, les images où apparaît Hugo, formidablement interprété par le comédien belge Thomas Coumans, coupent le rythme des plans fixes et très léchés où dialoguent si intelligemment les protagonistes de ce sujet douloureux. Longtemps pris pour des débiles mentaux, les autistes s’avèrent pourtant souvent être des surdoués dans certains domaines tels que la musique ou les mathématiques. Parmi eux : Newton, Einstein, Glenn Gould. Cependant, il faut savoir que cette maladie revêt plusieurs formes : un tiers des 600 000 autistes en France présente un retard mental et une partie d’entre eux ne parlera jamais.

La piste privilégiée aujourd’hui par les scientifiques est que ces « troubles envahissants du développement » (TED) seraient d’origine génétique. En gros, le cerveau des autistes présenterait des anomalies qui empêchent les centres cérébraux de décoder et de réagir de manière adéquate aux sollicitations des sens comme de l’environnement. L’autisme toucherait un enfant sur 150 en France et plutôt les garçons que les filles.

Parce qu’elle est parfois tardivement diagnostiquée, cette affection est mal prise en charge. Les structures adaptées manquent cruellement en France. Libert, par exemple, n’a été diagnostiqué qu’à l’âge de 25 ans. Bien qu’il parle, le jeune homme n’a jamais été scolarisé et a passé sa jeunesse dans un hôpital psychiatrique de jour avec des enfants lourdement handicapés. « Il en revenait avec de nouveaux tics, des cris, des angoisses », confie sa mère. Pour décrire les symptômes qui l’ont alertée, elle et le père d’Anae, Aurélia raconte que les journées de sa fille étaient rythmées par ce que le couple nommait alors des tocs.

Ils étaient au nombre de 27 et généraient des crises si les parents ne cédaient pas aux comportements obsessionnels d’Anae. « Elle ne jouait pas, dit Aurélia. Elle ne communiquait pas avec nous. » Le frère cadet de la fillette, autiste lui aussi, mettait volontairement ses doigts dans l’encadrement des portes et de l’autre main refermait le battant. « Il était capable de faire ça une quinzaine de fois dans la journée, peut-être vingt fois. Il avait les doigts tout bleus. » Les autistes ne ressentent pas la douleur. Karina, mère de Rodrigue, 13 ans, se souvient du « regard vitreux » de son fils quand celui-ci était petit : « On aurait dit que ce n’était qu’une enveloppe et qu’il n’y avait personne dedans. »

Les autistes non rééduqués ne supportent ni de fixer le regard d’un autre ni d’être touchés. Touria, la mère de Najib, explique que « chez lui, tout est démesuré. Il amplifie tout. S’il est angoissé, c’est vraiment extrême ». Tous ces parents indiquent qu’ils ont un temps été accusés d’être responsables de l’état de leur enfant. La France est un pays où l’école psychanalytique occupe une place dominante dans la psychiatrie. Pour la plupart des psychiatres, héritiers de Freud, l’autisme reste une maladie psychiatrique liée à un traumatisme d’enfance.

Des Etats-Unis sont venus le pire comme le meilleur. Le pire, avec les travaux de Bruno Bettelheim qui, dans les années 1960, prônait la séparation des enfants autistes de leurs parents et comparait leurs mères à des tortionnaires nazis. Le meilleur, avec, en 1943, cette découverte du psychiatre Leo Kanner, créateur du mot autiste, démontrant que les TED peuvent être extrêmement intelligents, qu’ils possèdent un vocabulaire et une mémoire étonnants.

Ou encore avec la mise au point par le psychiatre Eric Schopler du programme Teacch. Dans les années 1970, celui-ci instaure une rééducation comportementaliste, et non psychanalytique, adaptée à chaque enfant, et à laquelle sont étroitement associés les parents. Dans le même temps, le psychiatre Ivar Lovas innove avec la méthode ABA, visant à socialiser les autistes et, là encore, avec la participation active des parents. Une méthode massivement utilisée à ce jour pour la rééducation des autistes.

Sylvie Véran

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